—Grâce, Sire, nous ne rirons plus, crièrent les deux femmes en tombant à genoux et en ouvrant une bouche où il n'y avait que des gencives. Que Votre Majesté nous pardonne, et qu'elle nous venge. Nous sommes victimes d'un art infernal; un scélérat nous a ensorcelées.

—Un sorcier dans mes États! dit le roi qui était un esprit fort; c'est impossible! Il n'y en a point, puisque je n'y crois pas.

—Sire, dit l'une des femmes, est-il naturel qu'un fagot trotte comme un cheval de manège et caracole sous la main d'un bûcheron? Voilà ce que nous venons de voir sur la place du château.

—Un fagot! reprit le roi; cela sent le sorcier. Gardes, qu'on saisisse l'homme et son fagot, et que, l'un portant l'autre, on les brûle tous les deux. Après cela, j'espère qu'on me laissera dormir.

—Brûler mon bien-aimé! s'écria la princesse, en remuant les bras comme une illuminée. Sire, ce noble chevalier, c'est mon époux, c'est mon bien, c'est ma vie. Si l'on touche à un seul de ses cheveux, je meurs.

—L'enfer est dans ma maison, dit le pauvre Mouchamiel. A quoi me sert-il d'être roi pour ne pouvoir pas même dormir la grasse matinée? Mais je suis bon de me tourmenter. Qu'on appelle Mistigris. Puisque j'ai un ministre, c'est bien le moins qu'il me dise ce que je pense, et qu'il sache ce que je veux.

VI

On annonça le seigneur Mistigris. C'était un petit homme, gros, court, rond, large, qui roulait plus qu'il ne marchait. Des yeux de fouine qui regardaient de tous les côtés à la fois, un front bas, un nez crochu, de grosses joues, trois mentons: tel est le portrait du célèbre ministre qui faisait le bonheur de Salerne, sous le nom du roi Mouchamiel. Il entra souriant, soufflant, minaudant, en homme qui porte gaiement le pouvoir et ses ennuis.

—Enfin, vous voilà! dit le prince. Comment se fait-il qu'il se passe des choses inouïes dans mon empire, et que, moi, le roi, j'en sois le dernier averti?

—Tout est dans l'ordre accoutumé, dit Mistigris d'un ton placide. J'ai là dans les mains les rapports de la police; le bonheur et la paix règnent dans l'État, comme toujours.