—Qu'entendez-vous par là? dit Mouchamiel.
—Votre Majesté, reprit le ministre, vient de promettre à ma fille de la marier; nous la marierons. Après quoi nous prendrons la loi qui dit:
«Si un noble qui n'a pas rang de baron ose prétendre à l'amour d'une princesse de sang royal, il sera traité comme noble, c'est-à-dire décapité.
«Si le prétendant est un bourgeois, il sera traité comme un bourgeois, c'est-à-dire pendu.
«Si c'est un vilain, il sera noyé comme un chien.»
—Vous voyez, Sire, que rien n'est plus aisé que d'accorder votre amour paternel et votre justice royale. Nous avons tant de lois à Salerne, qu'il y a toujours moyen de s'accommoder avec elles.
—Mistigris, dit le roi, vous êtes un coquin.
—Sire, dit le gros homme en se rengorgeant, vous me flattez, je ne suis qu'un politique. On m'a enseigné qu'il y a une grande morale pour les princes et une petite pour les petites gens. J'ai profité de la leçon. C'est ce discernement qui fait le génie des hommes d'État, l'admiration des habiles et le scandale des sots.
—Mon bon ami, dit le roi, avec vos phrases en trois morceaux vous êtes fatigant comme un éloge académique. Je ne vous demande pas de mots, mais des actions; pressez le supplice de cet homme et finissons-en.
Comme il parlait ainsi, la princesse Aléli entra dans la chambre royale.
Elle était si belle, il y avait tant de joie dans ses yeux, que le bon
Mouchamiel soupira et se prit à désirer que le cavalier du fagot fût un
prince, afin qu'on ne le pendît pas.