—Assez, s'écria-t-il, assez; et comme dit la chanson:

Après trois refus,
La chance;
Après trois saluts,
La danse.

Vous ne m'avez pas trop salué, dansez maintenant.

Aussitôt, voici les valets qui se mettent à danser en saluant, à saluer en dansant, et qui tous, précédant Zerbin dans un ordre admirable, lui font au château une entrée digne d'un roi.

IX

Pour se donner une attitude majestueuse, Mouchamiel regardait gravement le bout de son nez; Aléli soupirait, Mistigris taillait des plumes comme un diplomate qui cherche une idée, les courtisans immobiles et muets avaient l'air de réfléchir. Enfin, la grande porte du salon s'ouvrit. Majordome et valets entrèrent en cadence, dansant une sarabande qui surprit fort la cour. Derrière eux marchait le bûcheron, aussi peu ému des splendeurs royales que s'il était né dans un palais. Cependant, à la vue du roi, il s'arrêta, ôta son chapeau qu'il tint à deux mains sur sa poitrine, salua trois fois en tirant la jambe droite; puis, il remit son chapeau sur sa tête, s'assit paisiblement sur un fauteuil et fit danser le bout de son pied.

—Mon père, s'écria la princesse en se jetant au cou du roi, le voici l'époux que vous m'avez donné. Qu'il est beau! qu'il est noble! N'est-ce pas que vous l'aimerez?

—Mistigris, murmura Mouchamiel à demi étranglé, interrogez cet homme avec les plus grands ménagements. Songez au repos de ma fille et au mien. Quelle aventure! Ah! que les pères seraient heureux s'ils n'avaient pas d'enfants!

—Que Votre Majesté se rassure, répondit Mistigris; l'humanité est mon devoir et mon plaisir.

—Lève-toi, coquin! dit-il à Zerbin d'un ton brusque; réponds vite, si tu veux sauver ta peau. Es-tu un prince déguisé? Tu te tais, misérable! Tu es un sorcier!