—Qu'allons-nous devenir? criait Mistigris. Voyons affreux sorcier, si tu as quelque vertu montre-le; tire-nous d'ici. Fais-toi prince ou roi quelque part, et nomme-moi ton premier ministre. Il me faut quelque chose à gouverner. A quoi te sert ta puissance, si tu ne fais pas la fortune de tes amis?

—J'ai faim, dit Zerbin en ouvrant la moitié d'un oeil.

Aléli se leva aussitôt et chercha autour d'elle.

—Mon ami, dit-elle, que voulez-vous?

—Je veux des figues et du raisin, dit le bûcheron.

Mistigris poussa un cri; un baril de figues et de raisins secs venait de sortir entre ses jambes et l'avait jeté par terre.

—Ah! pensa-t-il en se relevant, j'ai ton secret, maudit sorcier. Si tu as ce que tu souhaites, ma fortune est faite: je n'ai pas été ministre pour rien, beau prince; je te ferai vouloir ce que je voudrai.

Tandis que Zerbin mangeait ses figues, Mistigris s'approcha de lui, le dos courbé, la face souriante.

—Seigneur Zerbin, dit-il, je viens demander à Votre Excellence son incomparable amitié. Peut-être Votre Altesse n'a-t-elle pas bien compris tout ce que je cachais de dévouement sous la sévérité affectée de mes paroles; mais je puis l'assurer que tout était calculé pour brusquer son bonheur. C'est moi seul qui ai hâté son heureux mariage.

—J'ai faim, dit Zerbin. Donne-moi des figues et du raisin.