—Voici, seigneur, dit Mistigris avec toute la grâce d'un courtisan. J'espère que Son Excellence sera satisfaite de mes petits services et qu'elle me mettra souvent à même de lui témoigner tout mon zèle.

—Triple brute, murmura-t-il tout bas, tu ne m'entends point. Il faut absolument que je mette Aléli dans mes intérêts. Plaire aux dames, c'est le grand secret de la politique.

—A propos, seigneur Zerbin, reprit-il en souriant, vous oubliez que vous êtes marié de ce soir. Ne serait-il pas convenable de faire un cadeau de noces à votre royale fiancée?

—Toi, mon gros, tu m'ennuies, dit Zerbin. Un cadeau de noces, où veux-tu que je le pêche? au fond de la mer? Va le demander aux poissons, tu me le rapporteras.

A l'instant même, comme si une main invisible l'eût lancé, Mistigris sauta par-dessus le bord et disparut sous les flots.

Zerbin se remit à éplucher et à croquer ses raisins, tandis qu'Aléli ne se lassait pas de le regarder.

—voilà un marsouin qui sort de l'eau, dit Zerbin.

Ce n'était pas un marsouin, c'était l'heureux messager qui, remonté sur les vagues, se débattait au milieu de l'écume; Zerbin prit Mistigris par les cheveux et l'en tira par-dessus bord. Chose étrange, le gros homme avait dans les dents une escarboucle qui brillait comme une étoile au milieu de la nuit.

Dès qu'il put respirer:

—Voilà, dit-il, le cadeau que le roi des poissons offre à la charmante Aléli. Vous voyez, seigneur Zerbin, que vous avez en moi le plus fidèle et le plus dévoué des esclaves. Si vous avez jamais un petit ministère à confier…