—J'ai faim, dit Zerbin. Donne-moi des figues et du raisin.
—Seigneur, reprit Mistigris, ne ferez-vous rien pour la princesse votre femme? Cette barque exposée à toutes les injures de l'air n'est pas un séjour digne de sa naissance et de sa beauté.
—Assez! Mistigris, dit Aléli; je suis bien ici, je ne demande rien.
—Rappelez-vous, Madame, dit l'officieux ministre que, lorsque le prince de Capri vous offrit sa main, il avait envoyé à Salerne un splendide navire en acajou, où l'or et l'ivoire brillaient de toutes parts. Et ces matelots vêtus de velours, et ces cordages de soie et ces salons tout ornés de glaces! voilà ce qu'un petit prince faisait pour vous. Le seigneur Zerbin ne voudra pas rester en arrière, lui, si noble, si puissant et si bon.
—Il est sot, ce bonhomme-là! dit Zerbin; il parle toujours. Je voudrais avoir un bateau comme ça, rien que pour te clore le bec, bavard! après cela tu te tairais.
A ce moment, Aléli poussa un cri de surprise et de joie qui fit tressaillir le bûcheron.
Où était-il? Sur un magnifique navire qui fendait les vagues avec la grâce d'un cygne aux ailes gonflées. Une tente éclairée par des lampes d'albâtre formait sur le pont un salon richement meublé; Aléli, toujours assise aux pieds de son époux, le regardait toujours; Mistigris courait après l'équipage et voulait donner des ordres aux matelots. Mais sur cet étrange vaisseau personne ne parlait; Mistigris en était pour son éloquence, et ne pouvait même trouver un mousse à gouverner.
Zerbin se leva pour regarder le sillage; Mistigris accourut aussitôt, toujours souriant.
—Votre Seigneurie, dit-il, est-elle satisfaite de mes efforts et de mon zèle?
—Tais-toi, bavard, dit le bûcheron. Je te défends de parler jusqu'à demain matin. Je rêve, laisse-moi dormir.