Bientôt, à vingt lieues à la ronde, on ne parla plus que de Briam et de ses extravagances. Un jour il voulait mettre un clou à la roue du soleil, le lendemain il jetait en l'air son bonnet pour en coiffer la lune.
Le roi, qui avait de l'ambition, voulut avoir un fou à sa cour, pour ressembler de loin aux grands princes du continent. On fit venir Briam, on lui mit un bel habit de toutes couleurs. Une jambe bleue, une jambe rouge, une manche verte, une manche jaune, un plastron orange; c'est dans ce costume de perroquet que Briam fut chargé d'amuser l'ennui des courtisans. Caressé quelquefois et plus souvent battu, le pauvre insensé souffrait tout sans se plaindre. Il passait des heures entières à causer avec les oiseaux ou à suivre l'enterrement d'une fourmi. S'il ouvrait la bouche, c'était pour dire quelque sottise: grand sujet de joie pour ceux qui n'en souffraient pas.
Un jour qu'on allait servir le dîner, le chef des gardes entra dans la cuisine du château. Briam, armé d'un couperet, hachait des fanes de carottes en guise de persil. La vue de ce couteau fit peur au meurtrier; le soupçon lui vint au coeur.
—Briam, dit-il, où est ta mère?
—Ma mère? répondit l'idiot; elle est là qui bout. Et du doigt il indiqua un énorme pot-au-feu, où cuisait, en olla podrida, tout le dîner royal.
—Sotte bête! dit le chef des gardes en montrant la marmite, ouvre les yeux: qu'est-ce que cela?
—C'est ma mère! c'est celle qui me nourrit! cria Briam. Et, jetant son couperet, il sauta sur le fourneau, prit dans ses bras le pot-au-feu tout noir de fumée, et se sauva dans les bois. On courut après lui; peine perdue. Quand on l'attrapa, tout était brisé, renversé, gâté. Ce soir-là, le roi dîna d'un morceau de pain; sa seule consolation fut de faire fouetter Briam par les marmitons du château.
Briam, tout écloppé, rentra dans sa chaumière et conta à sa mère ce qui lui était arrivé.
—Mon fils, mon fils, dit la pauvre femme, ce n'est pas ainsi qu'il fallait parler.
—Que fallait-il dire, ma mère?