IX
TRICCHÈ VARLACCHÈ
La fille de Cecco se retira tristement; plus d'espoir, il fallait retourner chez son père, et oublier celui qui ne l'aimait plus. Elle traversa la cour, suivie par les demoiselles d'honneur qui la raillaient de sa simplicité. Arrivée près de la grille, elle se retourna comme si elle attendait un dernier regard; en se voyant seule, le courage l'abandonna, elle fondit en larmes et cacha sa tête dans ses mains.
—Sors donc, misérable gueux! lui cria le geôlier en saisissant Violette au collet et en la secouant d'importance.
—Sortir! dit Violette, jamais! Tricchè varlacchè! cria-t-elle: habits dorés, coeurs de laquais!
Et voilà la souris qui se jette au nez du geôlier et le mord jusqu'au sang; puis, devant la grille même, s'élève une volière grande comme un pavillon chinois. Les barreaux en sont d'argent, les mangeoires de diamant; au lieu de millet, il y a des perles; au lieu de colifichet, des ducats enfilés dans des rubans de toutes les couleurs. Au milieu de cette cage magnifique, sur un bâton en échelle qui tourne à tous les vents, sautent et gazouillent des milliers d'oiseaux de toute taille et de tout pays: colibris, perroquets cardinaux, merles, linottes, serins, et le reste; tout ce monde emplumé sifflait le même air, chacun dans son jargon. Violette, qui entendait le langage des oiseaux comme celui des plantes, écouta ce que disaient toutes ces voix, et traduisit la chanson aux filles d'honneur, bien étonnées de trouver une si rare prudence chez les perroquets et les serins. Voici ce que chantait le choeur des oiseaux:
Fi de la liberté!
Vive la cage!
Quand on est sage,
On est ici bien nourri, bien traité,
Bien renté,
Au chaud en hiver, au frais en été:
On paye en ramage
L'hospitalité.
Vive la cage!
Fi de la liberté!
Après ces cris joyeux, il se fit un grand silence; un vieux perroquet rouge et vert, à l'air grave et sérieux, leva la patte, et, tout en tournant, chanta d'un ton nasillard, ou plutôt croassa ce qui suit:
Le rossignol est un monsieur vêtu de noir,
Fort déplaisant à voir,
Qui ne sort que le soir.
Pour chanter à la lune;
C'est un orgueilleux
Qui vit comme un gueux
Et se dit heureux;
Sa voix nous importune.
On devrait, entre nous,
Clouer à quatre clous,
Comme des hibous,
Ces fous
Qui n'adorent pas la fortune.
Et tous les oiseaux, ravis de cette éloquence, se mirent à siffler d'une voix perçante: