«Un roman sur la guerre d'Italie ou sur Sedan, avec Jean Macquart.

»Un roman sur le haut commerce, le magasin du Louvre ou du Bon-Marché: Octave Mouret.

»Un roman sur le demi-monde: Anna Ledoux.—C'est le roman de Nana qui va paraître.

»Un roman judiciaire: Étienne Lantier.

»Roman de la débâcle: Faire revenir Aristide Eugène et les autres, étudier les journaux de la fin de l'Empire.

»Roman sur le siège et la Commune: Faire revenir Maxime et les enfants.

»Roman scientifique: Pascal et Clotilde. Faire revenir Pierre Rougon, Félicité, Macquart, Pascal, en face du fils de Maxime.

»Un roman sans doute avec François Mouret et Marthe Rougon.»—C'est La Conquête de Plassans.

A l'époque où il fit ce plan, M. Zola travaillait très vite, et espérait terminer son œuvre en quelques années: il avait fait la Curée en quatre mois. Depuis lors, la célébrité est venue avec tout un cortège de lourdes obligations; la polémique a souvent entraîné l'auteur hors de ses sentiers favoris; le théâtre lui a quelquefois pris du temps. Lui qui aime la solitude et la tranquillité, il est assailli de demandes, qu'il accueille toujours avec bienveillance. En souvenir sans doute de ses pénibles débuts, il a plus d'une fois sacrifié des heures à de jeunes auteurs qui venaient le consulter. Aussi avance-t-il plus lentement dans la tâche qu'il a entreprise. Son prochain roman, Nana, ne sera guère fini que dans une année; les dix ou douze qui doivent terminer la série sont encore dans un avenir incertain.

M. Charpentier a refait avec M. Zola la convention que la liquidation de la maison Lacroix avait annulée: mais il est trop intelligent pour en demander l'exécution fidèle. Il laisse à l'artiste le temps de mûrir ses œuvres, et au lieu de la modique pension qu'il était engagé à lui servir, il lui accorde sa part de bénéfices. Au fond, ce n'est que justice; mais la justice n'est pas une vertu assez courante pour qu'on passe sous silence les actions honnêtes qu'elle inspire.