Nous avions considérablement gagné sur lui, et de notre poupe la cime de ses plus basses antennes était tout à fait visible.

—Si la brise continue jusqu'à midi, dis-je à de Ruyter, il ne peut pas nous échapper.

Une vive allégresse se répandit sur le vaisseau, et tout l'équipage, excité par l'espérance du butin, se prépara activement au combat. Nous pompâmes l'eau qui était dans le vaisseau, et, pour l'alléger un peu, on jeta dans la mer quelques tonneaux de ballast. Les ponts furent débarrassés pour l'action, les armes et les bateaux apprêtés, et ensuite, comme un faucon guette un courlis, nous suspendîmes toute notre attention à la manœuvre du vaisseau.

À midi, le vent se rafraîchit encore, et nous gagnâmes rapidement sur le Malais. Il était près de six heures quand nous arrivâmes à la portée du canon, mais nos coups n'attirèrent point l'attention du pirate. De Ruyter hissa un drapeau français tricolore, et comme nous avions un Malais à bord du grab, il lui ordonna de héler le vaisseau en l'engageant à nous envoyer ses papiers.

Le corsaire ne répondit pas, et nous rendîmes la parole au canon. À cette nouvelle attaque, il opposa une décharge de quatre caronades, de plusieurs petits pierriers sur ses plats-bords et de vingt ou trente mousquets.

Quand les morceaux de vieux fer, de verre et de clous tombèrent sur nos agrès, trois de nos hommes furent blessés.

—Arrêtons leur insolence! cria furieusement de Ruyter.

Nous commençâmes à faire feu, manœuvrant avec nos volées sur sa poupe et sur ses quartiers. Nos coups étaient si bien dirigés, que de Ruyter nous cria bientôt de cesser. Nous n'avions pas seulement imposé silence aux canons ennemis, mais encore vidé son pont, coupé ses agrès en morceaux et jeté à bas son gouvernail. Trois de nos bateaux furent apprêtés, et je partis avec trente hommes pour aborder l'ennemi.

—Tenez-vous bien sur vos gardes, me dit de Ruyter; méfiez-vous de leurs ruses et de leur perfidie!

Nous nous avançâmes vers le Malais avec beaucoup de précaution, et il ne mit pas le moindre obstacle à notre approche; personne ne paraissait sur le pont.