—Abordez sur l'avant avec vos Arabes, dis-je au rais, qui commandait un des bateaux, mes Européens et moi nous allons grimper sur la poupe de bambou.

En arrivant à bord, nous trouvâmes quelques blessés et beaucoup de morts, mais rien de plus. Les voiles et les vergues pendaient de tous côtés en désordre. Installé sur le pont avec une partie de mes hommes, je me préparais à descendre, quand tout à coup retentit un tumultueux et sauvage cri de guerre. Je m'élançai à l'avant, et je vis apparaître d'en bas un bosquet de lances passées au travers du paillasson. Ces lances blessèrent plusieurs de mes hommes.

J'étais certainement aussi étonné de cette nouvelle mode de guerre que le fut Macbeth en voyant marcher la forêt de Dunsinam. Je me sauvai vers l'endroit le plus solide du pont, et je n'échappai qu'avec peine aux coups dirigés contre moi. Plusieurs de mes hommes avaient reculé.

—Tirez en bas, à travers les treillis! m'écriai-je.

Une partie des hommes commandés par le rais s'étaient jetés dans la mer pour regagner le bateau. J'expliquai à de Ruyter notre position.

—Je vais vous envoyer une haussière, pour l'attacher au beaupré du Malais, puis vous reviendrez sur le grab.

Très-soigneux de la vie de ses hommes, de Ruyter ne voulait pas les voir lutter plus longtemps contre l'irrévocable résolution des pirates, qui, une fois déterminés à ne pas être pris, devaient mourir dans l'énergie de leur résistance.

—Si j'avais des boules à feu, de Ruyter, je les ferais bien sortir, car nous en avons déjà tué un grand nombre avec nos armes; les Européens consentent à me suivre, mais les natifs résistent, et seuls nous aurons peu de chances de succès, car, incapables de voir nos ennemis dans l'obscurité, ils nous perceraient à coups de lance sans aucun danger pour eux.

L'équipage s'occupait à relever nos blessés et à les mettre dans les bateaux.

Un garçon suédois, pour lequel j'avais une vive amitié, avait été atteint au pied par un affreux coup de lance; il souffrait horriblement; je donnai l'ordre de le soulever avec précaution, et en courant à l'avant pour voir descendre mon protégé dans le bateau, je passai contre le corps d'un Malais mourant, qui avait été atteint par une balle avant que nous eussions abordé le vaisseau.