Le lendemain, je me trouvai assez fort pour monter sur le pont à l'aide d'un appui.
Une vigie que nous avions placée sur la pointe d'un rocher nous avertissait des mouvements de la frégate.
Vers huit heures, elle s'approcha de nous aussi près que purent le lui permettre le caprice du vent et le bouillonnement des vagues.
Nous envoyâmes notre chaloupe à son bord, pavoisée d'un drapeau de trêve. Elle contenait le docteur anglais, les blessés et un porteur des lettres d'Aston.
Le capitaine de la frégate renvoya ses remercîments; mais il promit à de Ruyter, tout en lui sachant gré de sa conduite polie et humaine, de le forcer à sortir de sa cachette.
Pour y réussir, tous les expédients furent employés; mais de Ruyter, en étudiant les signaux faits à l'autre frégate, savait que, sous aucun prétexte, elle ne devait quitter le blocus du Port-Louis. La première frégate, dépourvue de bateaux, ne pouvait donc rien faire par elle-même, et il lui était tout à fait impossible d'approcher du grab. La seule chance de succès qui restait à la frégate était de nous bloquer; mais les fréquents et dangereux orages de la saison ne pouvaient lui permettre de le faire efficacement.
Pour éviter la prolixité,—ai-je été assez fortuné jusqu'à présent pour y échapper?—et pour éviter le rocher sur lequel tant de gens ont fait naufrage, j'emprunterai un extrait du journal abrupt et concis de de Ruyter:
«Dix heures du matin.—Temps sombre, couvert de nuages, éclairs, fortes ondées; nous levons l'ancre, nous touons le vaisseau de son ancrage; aidés par les éclairs et par le vent frais de la terre, nous évitons les battures.
«Une heure.—Nous mettons à la voile et nous quittons l'île qui a été notre refuge.»
Ceci fut écrit trois jours après notre victoire. Nous dirigeâmes notre course vers Diego Garcia, et nous fûmes bientôt loin des frégates.
Nous avions à bord du grab mon ami Aston et vingt-six Anglais.