—Oui, je suis fou d'indignation et de rage, fou parce que vous et votre lieutenant me grondez et me maltraitez sans cesse, et cela par méchanceté, injustement, cruellement; je ne me soumettrai plus à vos ordres; je veux être traité en officier et en gentilhomme, et je suis battu comme un chien. Débarquez-moi où vous voudrez, si vous ne me pendez pas, car je ne remplirai aucun devoir, je n'exécuterai aucun ordre; je ne veux plus ni être grondé par vous ni me sentir battu par vos domestiques.

En achevant ces mots, je fis un pas vers le capitaine. Ce mouvement l'effraya sans doute, car il me prit le bras.

—Asseyez-vous sur l'affût de ce canon, me dit-il d'une voix irritée.

—Non, vous m'avez défendu de jamais m'asseoir en votre présence, je ne veux pas obéir aujourd'hui, pas plus que je n'ai obéi autrefois à une défense contraire.

—Ah! vous ne voulez pas!

Et, reprenant ma main qu'il avait laissée tomber, il m'attira violemment vers lui, me saisit par le cou, et répéta, en me frappant avec violence:

—Ah! vous ne voulez pas!

—Non, non, mille fois non! et je lui crachai à la figure.

Le capitaine me repoussa violemment, ses dents s'entrechoquèrent, et sa figure passa d'une teinte livide à un rouge presque noir.

—Vous êtes un misérable! balbutia-t-il d'une voix suffoquée par la colère, et il disparut.