Vers le soir, nous regagnâmes nos bateaux, car les natifs nous assurèrent que l'île était infestée par des tigres et par des serpents.


LXXXV

J'ai remarqué que les individus qui possèdent des qualités réelles sont détestés et maltraités. La masse du peuple s'occupe généralement à s'aimer elle-même, à penser à son bien-être personnel et à dire du mal des autres, et cela pendant qu'elle essaye de leur enlever une portion de leurs richesses. Il faut que tous ceux qui ambitionnent son estime mentent, se plient à ses caprices et lui rendent hommage.

Le mérite, la vaillance, la sagesse et la vertu sont presque toujours sans pain et sans vêtements.

Les Malais, dispersés sur les bords de la mer des Indes et sur ses plus belles îles, sont déclarés, d'après l'opinion publique, féroces, perfides, ignorants et rebelles à toute tentative de civilisation, et même incapables d'aucun sentiment de bonté, par la raison qu'ils sont capables de commettre tous les crimes.

De Ruyter, qui n'ajoutait aucune foi dans les clameurs du monde, qui n'était jamais guidé par l'opinion des autres quand il avait la possibilité de juger par lui-même, me donna bientôt sur le caractère des Malais de véritables renseignements. En disant que ce peuple était généreux, esclave de sa parole, doué d'un courage invincible, de Ruyter lui rendait justice.

Tous les efforts tentés par les Européens pour arriver à vaincre ce peuple ont été sans succès. Si une partie de leur pays est prise par une force supérieure à leurs moyens de défense, ils abandonnent la lutte, mais avec le courage qui cède sans plier, mais avec leur profond amour de la liberté, qu'ils acquièrent par les conquêtes de leurs victorieuses batailles. Sur la côte du Malabar et dans les trois grandes îles de la Sonde, les Malais sont fort nombreux et sont encore le seul peuple de l'Inde qui ait conservé un caractère national et le libre arbitre de leur sort.

Les Malais ont peu de besoins, et sont hardis, braves et aventureux, et il n'y a guère de pays dans le monde où une pareille race ne puisse trouver les moyens de vivre. Semblables au coco, ils ne sont jamais loin de la mer, et, comme les Arabes, ils s'approprient sans scrupule le superflu des riches étrangers: mais quelle est la créature pauvre qui ne désire pas un peu une partie du bien des riches?...

Les lâches mendient, les rusés volent, et l'homme brave prend à l'aide de sa force.