Les richesses de l'Inde et celles de l'Asie, obtenues par la force et par la ruse, sont journellement transportées le long des côtes malaises en voguant vers l'Europe, et les Malais seraient de véritables barbares s'ils n'en prenaient pour eux une petite portion. Donc, ils s'emparent de tout ce qui tombe sous leurs mains; et, quoique leur pays ait été ravagé, quoiqu'on les ait massacrés en grande partie, ils n'ont perdu ni leur force ni leur courage.

Les Malais possèdent plusieurs colonies sur la côte à l'est de Bornéo, et la situation de cette côte leur permet d'exercer sur le commerce chinois un constant maraudage.

Les Portugais, les Hollandais, les Anglais, ainsi que plusieurs autres nations, ont de temps en temps formé des colonies sur diverses parties de l'île, protégés dans leur installation par le roi de Bornéo. Mais cette protection eut une grande ressemblance avec celle qu'un fermier accorde à l'industrieuse abeille. Ainsi, quand les colons eurent établi des usines, quand ils eurent encaissé les trésors produits par leur travail, on les chassa, et leurs biens furent confisqués.

Le roi moresque, qui demeure à Bornéo, la capitale de l'île, n'a ni influence ni pouvoir en dehors de sa province, et, de plus, fort peu d'autorité sur les Chinois, qui ont accaparé tout le commerce de l'île et qui vivent à Bornéo dans une complète indépendance.

Mais revenons à nos amis les Malais.

Sur la partie de la côte où nos vaisseaux étaient amarrés se trouvait une colonie malaise; nous nous liâmes bientôt avec les principaux habitants, afin de nous débarrasser des Beajus, qui sont le peuple le meilleur, mais aussi le plus stupide de la terre.

Un matin, de Ruyter exprima au chef de cette colonie le vif désir que nous avions de faire une chasse au tigre.

—Je suis tout à fait à vos ordres, nous répondit le Malais, et demain nous organiserons cette partie. Je vous servirai de guide, quoique le plaisir que vous vous promettez me soit entièrement inconnu, car ici nous n'attaquons le tigre qu'en cas de légitime défense ou pour protéger nos propriétés contre ses dangereuses invasions.

Je ne dois pas oublier de dire que, pendant la durée de notre amarrage, de Ruyter fit de temps en temps lever l'ancre du grab, afin d'aller voir si la mer était traversée dans nos parages par quelque vaisseau de la Compagnie. Pendant l'excursion de notre commandant, je veillais sur le schooner, dont les réparations marchaient à grands pas, car, grâce à l'orang-outang, nous avions trouvé du bois convenable.

Nous faisions souvent des parties de chasse sur la terre pour tuer des daims, des sangliers, des chèvres et quelquefois des buffles, afin d'approvisionner nos vaisseaux de viandes fraîches et d'épargner nos provisions pour la mer.