Je racontai au munitionnaire ce qui s'était passé entre sa compatriote et moi.

—C'est bien certainement votre femme, Louis, si j'en juge par la description physique que vous m'avez faite de sa personne. Elle vous cherche, soyez-en sûr.

Louis prit un air grave, réfléchit un instant, et me dit bientôt avec gaieté:

—Ma femme n'a pas de bijoux, pas de bagues; elle donna un jour son anneau de mariage pour une bouteille de skédam.

Nous rencontrâmes une flotte de vaisseaux des compagnies de Ceylan et de Pondichéry, escortée par un brigantin de guerre. De Ruyter me fit le signal de me mettre en panne pour examiner les vaisseaux, pendant qu'il allait se mettre à la poursuite du croiseur de la Compagnie. Ces vaisseaux étaient de toutes les formes: grabs, snows, padamas. Voyant que nous étions des ennemis, les vaisseaux de la Compagnie mirent à la voile et laissèrent les autres se tirer d'affaire au gré de leur force ou de leur adresse.

Aussitôt que je me fus placé à la portée d'un canon, je fis feu: ils se séparèrent comme une bande de canards sauvages, allant çà et là, vers chaque point des directions de la boussole, pendant que je les poursuivais comme le beneta poursuit le poisson volant. Quelques-uns réussirent à se sauver, mais je finis par m'emparer du plus grand nombre. Nous les abordions tour à tour; ils étaient frétés de paddy, de bétel, de ghée, de poivre, d'arrack et de sel; cependant nous trouvâmes quelques pièces de soierie, de mousseline, de châles, et, avec une peine extrême, je réussis à ramasser quelques sacs de roupies.

De Ruyter était loin de nous, mais le bruit du canon m'apprit qu'il continuait un feu croisé avec le brigantin, qui semblait naviguer très-vite.

J'abandonnai les petits vaisseaux, et, toutes voiles dehors, je partis pour rejoindre le grab.

Dans la direction où allaient les deux vaisseaux, il y avait un groupe de rochers dont le sommet s'élevait au-dessus de l'eau.

Entre ces rochers se trouvait un passage vers lequel le brigantin semblait vouloir se diriger.