Il m'était impossible de deviner son but; mais quand il approcha des rochers, il vit qu'il ne pouvait plus ni avancer ni reculer: il se mit en panne et commença un engagement avec de Ruyter.
Un signal du grab me donna l'ordre de naviguer au côté des rochers sous le vent, afin de mettre obstacle à la fuite du brigantin.
À en juger par les apparences, le grab avait trop d'avantage sur son ennemi pour que mon concours fût de la moindre utilité.
Avant qu'il me fût possible d'obéir au signal de Ruyter, le brigantin s'était laissé aller contre les rochers dans l'intention de s'y briser.
Après cet effort, il baissa son pavillon. Aussitôt le grab et moi nous fîmes sortir nos bateaux, nous abordâmes le brigantin, et nous essayâmes de le touer hors des rochers.
C'était un beau vaisseau, orné de seize caronades de dix-huit livres, avec quatre-vingt-dix hommes ou officiers à bord. Il ne s'était pas battu avec le grab plus de quinze minutes, et cependant il était fracassé. Sept morts et un blessé formaient les pertes de l'équipage du brigantin; le grab avait trois hommes blessés et un matelot mort par accident.
Ce matelot était dans les chaînes, en train de mettre une cartouche dans un canon (le canon n'avait pas été épongé et le trou était bouché) quand il fut foudroyé par l'explosion.
Le rais me dit d'un air froid et grave:
—Je regardais à bâbord, et je dis à l'homme qui chargeait le canon de prendre garde à lui, car il me paraissait trop pressé dans ses mouvements. L'explosion du canon l'empêcha de me répondre; je regardai de nouveau, et je ne vis plus qu'un morceau de bonnet rouge: l'homme avait disparu.
—C'était don Murphy. Pauvre garçon!