Je me remis à sa poursuite. Le ciel s'éclaircit, mais il était encore trop obscur pour me permettre de distinguer les traits du coquin. Je ne pouvais voir que ses yeux, dont la féroce expression révélait une indicible rage. En le gagnant de vitesse, j'allais me précipiter sur lui, quand, après avoir évité mon étreinte, il se rejeta en arrière et me dit:
—Voleur et assassin, vous n'oserez pas m'approcher!
—Comment? m'écriai-je.
Je fis quelques pas en avant, et la clarté du ciel me montra le mystère de la bravade du drôle.
Un tronc d'arbre sans écorce, et dont le bout le plus large était de mon côté, se trouvait horizontalement placé au travers d'un abîme voisin de l'échaudoir, et l'homme le traversait à pieds nus avec les plus grandes précautions.
Au milieu du dangereux passage, l'inconnu s'arrêta pour me défier, et tout surpris non-seulement de le voir presque calme au-dessus d'un gouffre dans lequel le moindre choc pouvait le précipiter, mais encore d'entendre sa menace insultante, je lui répondis, sans trop savoir ce que je disais:
—Rampant esclave, qui êtes-vous, et pourquoi m'avez-vous attaqué?
La pâle figure s'anima, et une voix gutturale me répondit:
—Je suis le bijoutier que vous avez volé, je suis le frère de l'homme que vous avez poignardé, je suis celui qui s'est vengé!
—Vous vous trompez, vous n'êtes pas vengé.