Calderon se leva, et le jeune cavalier prit congé de lui.

—Sur mon âme, se dit Calderon, je m'intéresse à ce brave officier. Quand j'étais abandonné de tous, que je n'avais plus ni famille ni patrie, je me souviens qu'il me vint en aide. Comment ai-je pu l'oublier si longtemps! Il n'est pas de cette race que j'abhorre; le sang maure ne coule pas dans ses veines. Il n'est pas non plus de ces grands qui rampent servilement et que je méprise; c'est un homme dont je puis servir les intérêts sans rougir.

Il continuait ce monologue, lorsqu'une main invisible souleva la tapisserie qui masquait une porte dérobée, et livra passage à un jeune homme qui entra brusquement et vint droit à Calderon.

—Rodrigues, dit-il, te voilà de retour à Madrid! Je veux t'entretenir seul un instant; assieds-toi et écoute.

Calderon s'inclina respectueusement, plaça un large fauteuil devant le nouveau venu et alla s'asseoir à quelque distance sur un tabouret.

Faisons maintenant connaître au lecteur celui que Calderon recevait avec tant de déférence. C'était un homme de taille moyenne: son air était sombre, son visage d'une pâleur livide; il avait le front haut, mais étroit, le regard profond, rusé, voluptueux et sinistre; sa lèvre inférieure, un peu forte et dédaigneuse, indiquait que le sang de la maison d'Autriche coulait dans ses veines. À l'ensemble des traits, on devinait un descendant de Charles-Quint. Son maintien assez noble et ses vêtements couverts d'or et de pierreries attestaient que c'était un personnage du plus haut rang.

En effet, c'était l'infant d'Espagne, qui venait causer avec Calderon, son ambitieux favori.

—Sais-tu bien, Rodrigues, dit le jeune homme, que cette porte secrète de ton appartement est fort commode? Elle me permet d'éviter les regards observateurs d'Uzeda, qui cherche toujours à faire sa cour au roi en espionnant l'héritier du trône. Il le payera tôt ou tard. Il te déteste, Calderon, et s'il n'affiche pas publiquement sa haine contre toi, c'est à cause de moi seulement.

—Que Votre Altesse soit bien persuadée que je n'en veux pas à cet homme. Il recherche votre faveur; quoi de plus naturel?

—Eh bien, son espérance sera trompée. Il me fatigue de ses plates et banales flatteries, et s'imagine que les princes doivent s'occuper des affaires de l'État. Il oublie que nous sommes mortels, et que la jeunesse est l'âge des plaisirs.