—Votre Majesté sait que son humble secrétaire ne parle qu'avec elle d'affaires politiques.
—Le prince a été votre protecteur, Rodrigues!
—N'est-ce pas Sa Majesté elle-même qui m'a ordonné de rechercher sa protection?
—Oui, c'est moi. Heureux le monarque dont le serviteur fidèle est le confident de l'héritier du trône!
—Sans doute, et si le prince pouvait avoir une pensée contraire aux intérêts de Votre Majesté, j'essayerais de la faire disparaître de son esprit, sinon je vous la révélerais; mais Dieu a béni Votre Majesté en lui donnant un fils soumis et reconnaissant.
—Je le crois; l'amour des plaisirs éteint en lui l'ambition. Je ne suis pas, d'ailleurs, un père trop sévère; conservez sa faveur, Rodrigues; mais n'avez-vous rien fait qui puisse l'offenser?
—Non, sire, je ne pense pas avoir encouru une telle disgrâce.
—Cependant il ne fait plus de toi le même éloge. Je te le dis dans ton intérêt: tu ne peux me servir qu'à la condition d'être l'ami de ceux dont l'affection est douteuse pour moi.
—Sire, les courtisans qui approchent votre fils cherchent à me déconsidérer dans son esprit, afin de gagner sa confiance, et leurs calomnies finissent par m'atteindre.
—Qu'importe ce qu'ils disent de toi! Le peuple et les courtisans font rarement l'éloge des ministres fidèles. Mais, je te le répète, ne perds pas la faveur du prince.