—Oh non! dit Giulia; je saurai mourir seule... Et avec un rire strident:
—Vieux fou, vieux fou, qui a pu penser un seul instant, que je l'aimais! Je n'ai jamais aimé qu'Otto, entends-tu?... Otto!... Il t'exécrait, tous t'exècrent, moi, ton fils, ton frère, tes laquais, tous... tous... tous!
Et comme saisie de délire, elle se mit à pousser des cris:
—Assassin! assassin! assassin!... à l'assassin!
—Ne criez pas, dit Charles d'Este, ou je vous tue!
—Allez, dit-elle, je saurai mourir. Elle s'agenouilla auprès du corps de son amant, en lui baisant les lèvres, et le pressant contre son sein; puis, s'apercevant que sa robe était quelque peu remontée, Giulia se rajusta.—Adieu, dit-elle, Monseigneur, j'étais bien lasse de ce monde; mangez en paix, quand je serai morte... Et s'appuyant d'une main sur la terre, elle mit à ses lèvres le flacon mortel, et se renversa tout d'un coup.
Un éclair, si éblouissant qu'il en passa comme un long trait par les volets, sembla au même instant, faire crouler la coupole, sous le coup de tonnerre effroyable qui lui succéda. La foudre venait de tomber sur l'un des huit paratonnerres qui garnissaient les toits de Beaujon.
—Nous quittons Paris dès ce soir, dit le Duc à Arcangeli qui se montra, sans qu'on pût dire d'où il sortait... Et comme Charles d'Este se trouvait devant le corps d'Otto:
—Parricide! assassin! cria le Duc à cette vue; puis soudain, sa voix s'étouffa, et il balbutia, dans un long sanglot:
—Mon fils... mon fils... il ne m'aimait donc pas!