—Faut-il pour cela, répliqua Floris, qu'elle devienne mon tourment?

Il parlait avec feu, tournant vers Manès des yeux irrités. Celui-ci reprit posément, après un silence:

—Considérez, je vous prie, Monseigneur, que je ne suis rien, en tout ceci, que l'instrument de votre père... Or, mes dépêches sont formelles. Si vous épousez la princesse, le Grand-Duc vous reconnaît pour fils, de bonne réciprocité. Mais, par contre, si vous refusez de le satisfaire là-dessus, votre père se considère comme dégagé de sa promesse... Pesez bien cette alternative!

—Donc, repartit Floris amèrement, il faut que je dise à mon père: Mon obéissance vous répond que je suis vraiment votre fils... J'épouserai qui vous voudrez: la chambrière, la buandière, ou bien la fille de l'intendant; moyennant quoi, accordez-moi, daignez m'accorder, je vous supplie, la faveur de votre paternité!... Non, monsieur! Non, non! je ne puis croire que mon père veuille agir ainsi!

—Je ne fais, dit Vassili, qu'exécuter ses ordres.

—Soit! dit Floris avec violence, je refuse!... Mieux vaut mourir, mieux vaut rester misérable, que d'avoir à implorer humblement ce qui vous est dû... Morbleu! continua-t-il, d'un ton véhément, que m'importe de déplaire à un homme qui me traite avec tant de rigueur, que je n'ai jamais vu, qui ne me connaît pas, et qui, sans doute, puisque vous vous taisez là-dessus, m'a tenu éloigné de lui, par quelque motif lâche ou criminel!

—Il vous fait grand-duc, dit Vassili.

—Que me donne-t-il, s'écria Floris, si ce n'est ce qui m'appartient? Il est mon père et grand-duc de Russie. Donc, sa puissance, ses biens, ses titres, tout cela me revient de droit. Loin que je sois son obligé, c'est moi qui pourrais, au contraire, lui demander compte de mon rang, dont il m'a privé si longtemps.

—Un grand-duc ne rend pas de comptes! répliqua Manès.

—Si! lorsqu'il a trahi son sang, sa propre famille, son pays!... Par le ciel! poursuivit le jeune homme, dans une explosion de fureur, je saurai bien contraindre mon père...