— Bonne chance, disait Pierre.

— Merci, mon ami, vous de même. Pensez à la petite Élisabeth, sacré veinard ! Et ne parlez plus de mourir. C’est une blague. Je ne sais si un jour il n’y aura plus la guerre, mais comme je n’y serai pas, ça m’est égal. Pour le moment, je suis vivant, et très vivant. Demandez plutôt à Clotilde !

XI

Tous deux étaient debout, enlacés et face à face, et Pierre berçait lentement Élisabeth sur son cœur.

— Je t’aime, disait-il. Demain, tu seras ma femme. Demain tu me défendras contre mes fantômes. Demain je te protégerai contre les heurts du dehors.

— Je t’aime, disait-elle. Tu es fort. Tu vas déposer dans mon cœur ta gloire. Tu as souffert pour tous les hommes. Tu as souffert pour moi. J’ai le droit de t’aimer, maintenant. Je t’aime.

— Je t’aime. Tu es belle. Je sens tout ton corps contre moi. J’oublierai dans tes bras l’horreur. J’oublierai la vie.

— Je t’aime. Je te révélerai la vie. Tu m’apprendras comment je te révélerai la vie.

— Je t’aime. Si je suis tué, je t’aurai eue.

— Tu ne seras pas tué. Celui que j’aime ne peut pas être tué. Je t’aime.