[324] Meliosma simplicifolia. Alias, Millingtonia.

Les Cotas, pour les quelques bestiaux qu'il leur est permis d'élever, se sont mis à l'école des Todas. Leur Grand Laitier doit l'auréole qui entoure sa personne à la ceinture ou au diadème qu'il s'est fabriqué en effilochant les guenilles d'un vêtement porté par l'auguste Palal. De plus, il s'est baigné, il s'est frotté sept fois, avec la sève de sept arbrisseaux différents, dont il avalait chaque fois quelques gouttes; il s'imprégnait de leurs vertus à l'intérieur et à l'extérieur. Mais que nous fait le disciple? Portons toute notre attention sur le maître.

Dieu, le Palal l'est devenu, mais non point pour se reposer dans une indolente fainéantise. A lui de presser les mamelles sacrées des vaches nombreuses, à lui de traire le matin, et à la vêprée. Il a pour l'assister, les Kavilals, Vorchals et Palkarpals. Traire est son occupation presque exclusive, mais encore une fois, n'oubliez pas que les Todas le prennent pour leur Être Suprême. Nous disons: suprême. Ils l'ont voulu en chair et en os, afin de ne pas le perdre de vue, trouvant peu pratiques des divinités translunaires qui ne nous entendent pas toujours, en prennent à leur aise. Se souciant peu d'un dieu impersonnel, être de raison, pure métaphysique, ils se sont donné un Dieu de leur race, chair de leur chair, os de leurs os, Dieu-Homme et Homme-Dieu.

Par son entremise, le peuple entretient de bonnes relations avec le Soleil, la Lune et les Vents, converse avec les puissances du ciel, de la terre et de l'Am nor, invisibles, mais toujours présentes. Avec elles le Palal entre en communication. Quand il s'est réveillé de son sommeil,—il dort comme tout le monde,—quand il s'est relevé de sa couche, disons-nous, il salue la nature et dit Bonjour! Calme et tranquille, il jette sur ses entours le regard paisible de l'être qui a le «Bon Œil». Grâce aux rayons qui émanent de son front, les veaux prospèrent, les cornes durcissent, les pis gonflent, les herbes montent et les arbres fruitent. Le «Mascot» se lave les mains et la face—bon exemple;—il se frotte les dents de la main gauche,—les Todas, simples mortels, se les frottent de la main droite,—puis il transforme une feuille en lampe à cinq becs qu'il allume après l'avoir emplie de beurre clarifié.—Pourquoi?—Pour inviter son frère le Soleil à donner au monde sa lumière. Ce devoir accompli, d'un geste auguste, il saisit... un trident? les carreaux de la foudre?—une baguette blanche, mince et fragile, sceptre pacifique, prend un seillon, et va aux vaches qui, rangées d'elles-mêmes, l'attendent devant la porte. Le Palal étend sa baguette,—la Westphalie et la Normandie ont encore de vieux paysans qui racontent merveilles d'un certain bâton de sorbier ou de genévrier dont il faut «toucher» les vaches malades,—le Palal promène lentement sur les chefs cornus sa gaule qu'il fait tourner de droite à gauche.

Quand il rentre avec ses seaux pleins, il libationne aux dieux, ses amis et compagnons, à la Terre bénigne; il asperge chaque clochette. Ces clochettes «fades» venues de l'Am nor sont en relation sympathique avec l'animal qui les porte: ayant du précieux liquide plus qu'elles n'en peuvent contenir, les pis devront gonfler et déborder.


Remercions ces excellents Todas d'avoir érigé devant nos yeux l'image d'un «Dieu qui fraye avec les hommes et marche devant leur face». Ce Dieu, ils l'ont fait berger, étant bergers eux-mêmes. D'autres dieux on n'en manquait pas: des méchants et terribles, des mangeurs d'hommes et buveurs de sang; des massacreurs et exterminateurs. Même quelques-uns avaient travaillé à métier utile: parmi lesquels, des laboureurs et semeurs comme le vieux Saturne, des potiers comme Kneph ou des forgerons comme Ilmarinen. Le Dieu préconisé par Jean-Jacques Rousseau, citoyen de Genève, est un horloger, qui a établi le monde à la façon d'un chronomètre. Mais le Dieu laitier, fromager et fabricant de beurre, la conception est originale.

Les souverains qui régnaient sur le Nil, autant «d'épiphanies» ou apparitions divines. Sous l'empire romain, les artistes donnaient aux dieux et déesses les traits du monarque régnant et de son épouse: flatterie de haut goût que de représenter Apollon sous les traits d'Octave ou de consacrer à Octave des statues du bel Apollon. Les divins Césars,—Caligula ou Héliogabale,—les divins Césars ne mouraient pas, mais entraient en apothéose. Et combien de cabocères négrillons, combien de Soulouque café au lait que leurs peuples tiennent pour des dieux, pour de vrais dieux! Dieu, ce roi du Loango, qui commande à la foudre et à la pluie. Son grand-oncle, du côté maternel, avait créé le ciel avec son armée d'étoiles, la terre avec la mer, les montagnes et les fleuves. Au cacique, qui, en 1729, régnait dans une forêt du Marañon, un missionnaire se disait l'ambassadeur du grand Dieu des chrétiens, montrait un crucifix.—«Qu'ai-je à faire de ton Dieu pâle? Je suis Dieu moi-même, et Fils du Soleil. Chaque nuit mon esprit voyage de la terre au ciel, où je vaque à l'administration de l'univers[325].» Le gaillard croyait en sa propre divinité. Un de ses confrères, potentat en quelque endroit perdu de la Magdalena, racontait gravement avoir créé le monde.

[325] Bastian, Culturlaender Americas.

«Le Dieu qu'ils adorent en Californie, est différent dans chaque village. Ils choisissent eux-mêmes un vieil Indien qu'ils élèvent à cette haute dignité... pour obtenir de la pluie, un temps favorable pour les moissons et autres faveurs... Ils lui offrent des sacrifices, les prémices de la récolte et du gibier. Quand il y a guerre, ils placent le vieillard sur un monticule, au milieu d'une enceinte, faite de pieux fortement attachés, et dans laquelle ils pénètrent au moyen d'un souterrain, dont l'ouverture est à quinze vares de la palissade, de sorte qu'ils sont toujours en communication avec leur dieu, auquel ils portent des vivres, et qu'ils défendent contre les attaques des ennemis[326]