LES KOLARIENS DU BENGALE

ET

LES SACRIFICES HUMAINS CHEZ LES KHONDS

Linguistes et anthropologistes, chacun pour sa partie, ethnologues et mythographes, trouvent ou trouveraient de riches matériaux à exploiter dans la contrée de l'Inde, qui reçoit les eaux des monts Vindhya et Adjanta, pour les déverser dans le golfe du Bengale par la Mahanadi et la Godavéri. Cette région de beaux paysages et de campagnes fertiles pourrait être largement peuplée, n'étaient de vastes marais répandant au loin, sous un ciel torride, leurs miasmes empoisonnés. Les habitants de la plaine doivent s'en tenir éloignés pendant six mois, et les Européens pendant neuf. De vastes cantons n'ont jamais été habités que par des peuplades primitives, qui vivent en communautés généralement isolées, ne se rattachant que par de faibles liens aux voisines de même nom ou de même race. Une barrière de montagnes entoure le plateau légèrement ondulé, parsemé de superbes rochers granitiques, dont les uns s'élèvent en masses arrondies, et les autres en fragments ruineux, de formes fantastiques.

En tant qu'autochtone, l'agglomération ethnique dont il s'agit est considérée comme d'origine antérieure aux Aryas et même aux Dravidiens. Elle se subdivise en milliers de clans[345] que nous n'essayerons pas de classifier, même sommairement; il nous suffit qu'on les désigne sous l'appellation collective de Kolariens, dérivée du peuple Kolh ou Cole, d'où le mot de couli, qui appartient à la langue franque internationale[346]. La partie orientale du plateau s'étend à une hauteur moyenne de 2,000 pieds, sur une surface de 7,000 kilomètres carrés. Elle est habitée par un million d'hommes, parmi lesquels plus de moitié appartiennent à des tribus sauvages ou demi-sauvages, se subdivisant en deux grandes classes, les Ouraons et les Moundahs; ces derniers les plus anciens, s'il faut en croire la tradition. Dans ce magma humain, on entend répéter des noms plus fréquemment que d'autres: Sonthals, Bhils, Bhoumis, Hos, Birhors, Sourahs, Khérias, Koréwars, Dchouangs ou Pattouns, Larkas, Gonds.

[345] Beverley.

[346] Campbell. Cependant Beames, une autorité en la matière, conteste cette étymologie: «M'est avis, dit-il, que la connexité qu'on a voulu établir entre le Kolh et couli est purement imaginaire.»

Les Khonds, auxquels nous vouerons une attention particulière, ont pris le nom de l'épée nationale, la khande, dont ils ont une manière à eux de jouer. On fait aussi dériver leur nom du mot tamil koundrou, la colline. Ce seraient donc les gens du haut pays. Eux-mêmes se disent Kous[347]. Au nombre de deux cent cinquante à trois cent mille, ils se groupent sporadiquement autour de Boustar, Tchinna Kinnedy, Djeypour, Goumsor, Boad et Despalla, leurs forteresses et principaux centres.

[347] Caldwell.