[364] Appelées dhangar basa, djirgal, dchom herpa, doum couria, mandar ghar.
Quant aux filles, le plus souvent, elles couchent sous l'œil même des parents; car elles sont une propriété de rapport, qui peut se vendre assez cher, si elle n'appelle les voleurs et ne s'enfuit avec eux. On les loge aussi chez des veuves. Les Khonds, Malers et Koupouirs ont des «filleries[365]»,—pour employer un terme emprunté au phalanstère de Fourier, des vestalats,—parfois attenant à la garçonnière; le plus souvent, l'un et l'autre établissements occupent les extrémités du village. A la tête du bataillon féminin marche une virago, duègne intrépide et robuste, armée d'une longue gaule, pourchassant les garçons et les tenant à distance. On trouverait semblables institutions chez les Herrnhouters d'Allemagne, et en certaines communautés religieuses d'Amérique. Les jeunesses se visitent, se contrevisitent, entreprennent des expéditions, se donnent fêtes et banquets, dansent, content fleurette,—en attendant le mariage.
[365] Dhangarin basa.
Ne pouvant pas épuiser tous les sujets, nous serons bref sur le chapitre des institutions communales, tout intéressantes qu'elles seraient à étudier dans leur simplicité primitive.
Le gouvernement que les tribus indigènes se sont donné pourrait être rangé au même droit, et parmi les autoritaires et parmi les démocratiques. La démarcation n'est pas rigoureuse entre le pouvoir du chef et celui du peuple; le peuple se confond avec le chef et le chef avec le peuple. Tel chef se gère en autocrate, en Rey netto, tel autre en simple exécuteur de la volonté publique; l'un se pose en tyran, l'autre en despote éclairé, celui-ci en monarque constitutionnel, celui-là en roi d'Yvetot. Quoi qu'il en soit, la communauté est fort respectée par son chef, quand elle est petite, d'autant plus qu'elle est petite. Cela s'explique. Dans les hordes composées de dix à cent familles, chaque adulte compte pour sa personne; tout mâle forme à lui seul une fraction du public; ni sa voix ni ses bras ne sont à dédaigner; son opinion, ses désirs et sentiments seront toujours pris en considération dans les conseils du chef, les délibérations du sénat et de l'assemblée populaire. Mais que pèse, que peut peser une monade humaine dans les nations modernes, dans ces États monstres, composés de dix, vingt, trente, cinquante ou cent millions d'âmes? L'individu, absorbé dans la masse, n'est plus qu'un grain de sable, qu'une goutte dans l'étang. Ce que perdent les particuliers est gagné par le pouvoir central, quelque nom qu'on lui attribue, monarque, protecteur, président, doge ou stathouder. Seul, le roi ou empereur compte vraiment en son État; il est un être réel, en face de ses sujets dont la valeur n'est qu'abstraite et conventionnelle. La cité barbare, peuplée de citoyens effectifs, constitue un organisme vivant. Son mécanisme, composé essentiellement du peuple et de son chef, se complique bientôt d'un facteur intermédiaire: le Sénat, lequel se met à la remorque de celui-ci ou de celui-là. Les préférences de cet organe politique se tournent vers le chef qu'il s'applique à absorber, en attendant qu'il entreprenne le peuple. Selon les circonstances, le gouvernement se transformera en aristocratie militaire, oligarchie féodale, magma de gros censitaires, syndicat d'exploiteurs privilégiés de la fortune publique. Que viennent brocher par-dessus les sorciers, prêtres et faiseurs de pluie, brouillant temporel et spirituel, parbrouillant les affaires d'en haut et d'ici-bas, la petite tribu sera bouleversée par les mêmes complications qui agitent et troublent les États faisant grande figure sur la scène du monde.
Nos Khonds tendaient à se grouper en nation. Déjà se constituaient des confédérations formées de tribus qui se membraient et s'articulaient, contractaient des alliances offensives et défensives, obéissaient à un conseil suprême composé des chefs respectifs. Sitôt qu'elle fonctionne, pareille confédération oblige ses ennemis et rivaux à former des combinaisons opposées, mais de même ordre. Après de vaillantes campagnes, après de terribles batailles, dans lesquelles gagnants et perdants se couvrent de gloire, les vaincus sont rendus tributaires, et, pour les maintenir dans la soumission, les vainqueurs restent sous les armes, serrent les rangs, s'astreignent à la même discipline que pendant la bataille, et, après quelques générations, le groupe national a gagné de la consistance et généralement adopté la forme monarchique. En Khondie, le chef habite au centre du village, dans la maisonnette qu'ombrage le grand cotonnier planté par le prêtre. L'arbre est la demeure aérienne du saint patron, le temple de la divinité protectrice; sa croissance et sa vigueur réagissent sur la population dont il est le symbole. Les indigènes sont notés pour l'attachement qu'ils portent à leurs chefs de clan, qu'ils n'ont aucune raison de redouter, aucune de jalouser. Patriarcale est l'idée qu'ils se font du pouvoir comme soutien de la justice, défenseur de la propriété, arbitre des conflits. Les différends sont portés devant le conseil des notables, qui prononcent l'arrêt, puis mangent du bon et boivent du meilleur aux dépens de la partie perdante. A la mort du cacique, ils acclament son successeur, le fils aîné le plus souvent, à moins qu'un frère ou tout autre individu ne soit jugé plus digne. Quand les gouvernants ne se montrent pas trop au-dessous de leur tâche, le peuple que l'inconnu n'attire point, et qui innove le moins possible, le peuple s'en tient volontiers à la famille régnante. Les Khonds vénèrent un Dieu Terme. Chaque année, les clans s'assemblent sur une montagne, aspergent de sang le sommet, implorent du Dieu Soleil qu'il les maintienne tels qu'étaient leurs aïeux, le supplient de leur donner des enfants semblables à leurs pères. Tels quels, ils se trouvent parfaits.
Plusieurs tribus ont pris carrément,—honnêtement, allions-nous dire,—la profession du vol; elles ne s'en cachent point; leurs hommes brigandent sur les chemins et détroussent les gens en bonne conscience.
«Le pays nous appartenait. Des conquérants nous l'ont arraché. Les alléger, maintenant, de quelque bagatelle, où serait le mal? Nous aurons beau faire, nous ne rentrerons jamais dans notre bien!»