[218] Lœw, Zeitschrift für Ethnologie, 1877.

Ils ne savent pas, ils ne veulent pas cultiver, mais ils pillent ceux qui cultivent, crime irrémissible. Les farmers sont mécontents que le gouvernement de Washington préconise—officiellement—une politique humaine; qu'il cantonne les Apaches dans une partie du territoire qui jadis leur appartenait en entier, et qu'il leur paye une annuité de quinze cent mille francs, au grand profit des commissaires. Ils trouvent qu'elles étaient plus viriles et plus décidées, les mesures du gouverneur mexicain de Chihuahua, qui avait mis les scalps des pillards à prix: 500 francs par adulte mâle; 250 francs par femme, et 125 francs par enfant. Des chasseurs de chevelures se mirent en campagne, apportèrent quantité de ces dépouilles, mais on se priva de leurs services quand on s'aperçut qu'ils livraient trop de têtes suspectes; les blancs étant plus faciles à assassiner que les Indiens[219]. L'Arizone, la Sonore, la Californie, décidèrent qu'on abattrait tout Indien à portée de carabine. En 1864, des Visages Pâles organisèrent une expédition contre les Payoutes, dont ils tuèrent deux cents individus en une «battue splendide»; ils les forcèrent à se noyer dans le lac d'Owen[220]. Deux ans après, les autorités de Humboldt City conclurent un traité qui stipulait que les survivants eussent à vider le comté dans les sept jours, sous peine de mort contre tous les retardataires:—«Ce traité est on ne peut plus favorable aux Indiens», concluait le journal du district. Le 30 avril 1871, après quelque conflit, les troupes fédérales emmenaient des Apaches prisonniers. Ce fut une aubaine pour les colons des alentours, qui se rassemblèrent de tous côtés, se jetèrent sur les captifs, et en égorgèrent du coup une centaine.

[219] Kendall.

[220] Lœw.

«Contre les Apaches il n'y a pas plusieurs manières de procéder: il faut une campagne bien raisonnée et patiemment conduite. Dès qu'ils se montrent, qu'on les poursuive jusque dans leurs montagnes, qu'on les traque dans leurs repaires, pour les y enfermer et affamer. Qu'on obtienne leur reddition, en leur montrant des drapeaux blancs ou autrement, et sitôt pris, sitôt fusillés. Contre eux tout moyen est bon, qu'il vienne de Dieu, qu'il vienne de l'homme. La méthode pourra choquer un philanthrope;—pour un homme de fibre si molle j'éprouve quelque pitié, mais aucun respect. Je lui conseille de ne pas dépenser toute sa sympathie pour les Apaches, et d'en garder pour les tigres et les serpents à sonnettes[221]

[221] Sylvester Mowry, Arizona and Sonora.

Ces conseils étaient faciles à suivre. Les blancs recoururent à toutes les trahisons, à toutes les cruautés. L'empoisonnement par la strychnine[222], la dissémination de la petite vérole, autant de hauts faits parmi nos pionniers, qui paradaient avec des brides décorées de scalps qu'ils avaient eux-mêmes levés, avec des dents enfilées qu'ils avaient arrachées à des femmes encore vivantes[223]. A Denver, certain jour, un volontaire rentra portant au bout d'un bâton le cœur d'une Indienne. Après l'avoir tuée d'un coup de feu, il lui avait ouvert la poitrine, pour arracher le trophée que, dans les rues de la ville, saluèrent les acclamations de quelques drôles. Un autre soir, on vit arriver Jack Dunkier, de Central City, portant à sa selle une cuisse d'Indien. Le personnage prétendait n'avoir pas eu d'autre nourriture pendant deux jours. On n'en croyait pas un mot, mais cette fanfaronnade, quel symptôme! Tel autre se vantait publiquement d'avoir grillé et mangé des côtelettes humaines[224].

[222] «Strychniner» mot, d'argot local, avec la signification: «se débarrasser des Peaux-Rouges.» Europa, 1872.

[223] Pumpelly, Across America and Asia.

[224] Le Monde Pittoresque, 1883.