[297] Caldwell.

Leur ton de voix est calme et grave; chez les femmes un gracieux enjouement remplace la solennité. Ils parlent une langue dravidienne, de forme archaïque, saupoudrée de sanscrit. Habitués à s'appeler et à se répondre d'une colline à l'autre, leur voix est forte et leur prononciation sifflante.—«Le vent parle canara[298]

[298] Pope, Outlines of Tuda Grammar.

On ne peut qu'être frappé du goût et de la simplicité de leur costume. Ils ont grand air quand ils se drapent dans leur façon de toge qui laisse un bras et une cuisse à nu. Grand dommage qu'ils ne se baignent ni ne se lavent. Les Todelles se tatouent menton, seins, bras, jambes et pieds, les enjolivent de cercles et de carrés, d'anneaux et de bâtonnets.

Le caractère répond au physique. Ils plaisent par un fond de bonne humeur, par leur franchise joviale, la liberté et l'originalité des allures, non moins que par la patience, l'affabilité, la politesse et l'agrément d'une conversation toujours aimable et polie, jamais bouffonne:

«Nous ne pouvions nous empêcher de les aimer, dit Breeks. Ils s'amusaient fort de nos idiosyncrasies britanniques, en riaient sans se gêner, ne se pensant en rien inférieurs à nous.»

Somme toute, les voyageurs ont été très favorables au Toda, au moins tant qu'il était lui-même, et que l'immigration étrangère ne l'avait pas envahi. Mais les missionnaires lui en veulent de ce qu'il n'a mis aucune complaisance à se laisser convertir, parlent de ce peuple comme de «beaux animaux, indolents et fainéants».

«Ils ne cherchent la compagnie de personne, restent immobiles pendant des heures, les yeux perdus dans le bleu, rêvassant à la façon de leurs buffles, n'ayant en fait d'intelligence que de l'instinct.»

Si le niveau intellectuel n'est pas très élevé, au moins la sottise et la niaiserie leur sont inconnues. Tous bâtis sur le même modèle, chacun connaît par intuition les pensées et sentiments d'autrui. D'une simplicité presque innocente, il leur est, ou leur était, impossible de se dérober à une question gênante par une fin de non-recevoir, encore moins par un mensonge; il n'y avait qu'à les interroger pour leur faire dire, bon gré mal gré, tout ce qu'ils savaient.

«Bergers», comme dit leur nom tamil, bergers depuis siècles incomptés, bergers de cœur et d'âme, les Todas sont incapables de prendre autre chose au sérieux que le soin de leurs bêtes; ils disparaîtront avant de s'être intéressés à l'agriculture et à l'industrie. Ils ne vivent guère que de lait, comment penseraient-ils à autre chose qu'aux vaches? Ils ne consomment qu'une très faible quantité de farineux, soutirés aux Badagas, à titre de redevance plus ou moins gracieusement consentie aux suzerains et premiers occupants du sol. Ils ont la tradition que jadis leurs ancêtres se sustentaient de racines, et encore aujourd'hui ils se montrent assez friands des bulbes de l'Orchis mascula. Reconnaissants envers la vache qui les fait vivre, ils n'oseraient la tuer; ils aiment trop leurs taureaux et génisses pour les abattre, ne mangent de leur viande qu'aux banquets funéraires. Ce n'est point que la chair leur répugne en elle-même. Qu'un étranger leur donne de la venaison, ils s'en pourlèchent les doigts, le festin fait date; longtemps après ils se complaisent à en rappeler les incidents.