[306] Actes des Apôtres, V.


Le Couroumba qui prend femme se fournit d'une pièce d'étoffe neuve à offrir en présent. Avec les amis et amies, on mange plus copieusement que d'habitude, on danse et on s'amuse, on se baigne de compagnie, puis, tout est dit.


Quant aux Iroulas, ils se marient devant une fourmilière, sans doute pour gagner par son influence une puissante fécondité, une postérité innombrable. Après avoir allumé un morceau de camphre, le futur passe une ficelle au cou de l'épousée et l'emmène. Un somptueux dîner de noces coûte rarement plus de deux francs cinquante.


Pour ce qui est des cérémonies nuptiales, les Badagas, non plus, ne déploient pas un luxe exagéré. Chez la fiancée on danse et se divertit; quelqu'un lui jette, en présage de bon augure, une potée d'eau sur la tête, sa belle-mère lui met un collier de perles argentées. En un jour réputé propice, elle est escortée à sa maison nouvelle, y entre sous des rameaux fleuris; les parents la remettent à qui de droit, se lavent les mains et s'en vont, abdiquant ainsi toute responsabilité.

Si le futur est trop fier pour aller lui-même quérir sa promise, on prend la peine de la lui conduire. Elle se prosterne devant le nouveau seigneur et maître qui lui pose flegmatiquement le pied sur la nuque, en disant: «Longue vie je te souhaite! Apporte-moi de l'eau!»—Elle obéit, revient avec une cruche pleine, et affaire terminée. Cependant, elle n'aura droit au titre officiel d'épouse qu'après avoir mené à bien une première grossesse. Si elle porte son fruit pendant sept mois sans qu'accident survienne, on procède au mariage définitif. Un repas réunit les deux familles, après lequel le père prend le bras à la jeune femme qui se lève, appelle l'attention, montre son ventre rebondi. Le jeune homme s'avance,—«Permets-tu que je passe ce cordon au cou de ta fille?—Oui!» répond le beau-père. Le cordon passé, les «justes noces» sont accomplies; l'enfant sera reconnu pour légitime. On apporte un plat; parents et amis y déposent des piécettes. Tel jeune homme, difficile à satisfaire, tente trois, quatre épreuves avant de trouver chaussure à son pied. Après les mariages à l'essai, il y a les mariages temporaires; et comme si tout cela ne suffisait point, les divorces sont d'une extrême facilité[307].

[307] Metz.

Telles sont les formes ordinaires du mariage, mais la plus considérée est celle du rapt, qu'ambitionnent les filles romanesques. Les premières épousailles avaient, en effet, lieu de cette façon; hache en main, nos arrière-grands-pères obtenaient la main de nos arrière-grand'mères. En matière de femmes, longtemps l'axiome fut indiscutable; «La propriété, c'est le vol.»