Habituons-nous donc à pondérer notre caractère, à surveiller notre humeur; ne faisons rien par emportement ni par caprice. N'agissons pas et ne disons rien avant d'avoir mûrement pesé les conséquences de nos actes et de nos paroles. Croyez-vous que telle jeune femme se laisserait si facilement aller à la médisance, si elle réfléchissait à l'inconséquence de sa conduite? Nos pères, dans leur langage imagé, disaient qu'il faut se mordre la langue sept fois avant de parler, pour indiquer que nous ne saurions trop réfléchir avant d'incriminer les actions de notre prochain; aussi l'obligation de veiller sur notre langue est-elle la première que nous devons nous imposer. Toutes les fois que nous entendons une femme faire sur quelqu'un des observations défavorables, nous sommes invariablement portée à supposer qu'elle a beaucoup de choses à se reprocher, et qu'elle imite ainsi ce charbonnier qui, pour se nettoyer, se frotte contre le mur; il ne réussit pas à se blanchir, mais seulement à salir le mur. De même la personne qui n'a pour les autres que blâme et condamnation se fera sévèrement juger; elle ne rencontrera aucune sympathie, même dans les circonstances les plus pénibles. Que de fois n'avez-vous pas entendu dire: C'est vrai, c'est un grand malheur qui lui arrive, mais, après tout, c'est bien fait pour elle, elle était trop médisante! elle avait une langue de vipère!

Soyons donc, en toutes circonstances, bienveillantes et bonnes; si quelqu'un devant nous cause inconsidérément, laissons parler et cherchons, s'il se peut, des excuses à ceux que l'on critique. Pratiquons envers les autres la tolérance et l'indulgence dont nous-même, peut-être, aurons besoin plus tard. Disons-nous que si telle personne agit mal, nous ignorons dans quelle situation elle s'est trouvée, quelles difficultés elle a rencontrées, et ce qu'à sa place nous eussions fait nous-même. Une femme d'esprit ne trouvera donc aucune raison pour médire, et toutes sortes de raisons pour l'éviter.

Si nous ne sommes pas douée d'un caractère égal et facile, ce sera un grand désagrément pour nous-même et pour notre entourage, mais il ne faut pas pour cela désespérer. En nous observant sans cesse, en nous y appliquant, nous arriverons facilement à nous corriger de ce défaut, ne serait-ce que par amour-propre, pour ne pas donner aux autres le spectacle d'une girouette tournant à tout vent, ne sachant ni ce qu'elle veut, ni ce qu'elle a. Rien ne saurait excuser un changement non motivé dans notre humeur, pas même l'état de notre santé. Notez qu'il est maintenant de très-mauvais ton «d'avoir ses nerfs», c'est ridicule et complètement démodé.

La bonne humeur nous sera d'un grand secours dans les circonstances difficiles de la vie, et nous donnera une grande force d'âme pour en supporter les épreuves. Jeunes filles qui voulez être jolies et qui vous désolez parfois de ne pouvoir vous procurer une vaine parure, il en est une que la nature vous offre, c'est le franc et gai sourire qui est, dit le poète, comme l'épanouissement d'une fleur. Prenez garde de vous laisser aller à faire la moue, votre physique n'y gagnerait rien. Nous connaissons des personnes tellement rageuses, toujours mécontentes des autres et d'elles-mêmes, que lorsqu'un sourire vient par hasard s'égarer sur leur physionomie, il fait l'effet d'une grimace. Est-il rien de plus déplaisant qu'une femme acariâtre, revêche, capricieuse, et quel vilain type que celui de pie-grièche!

L'on nous reproche souvent, et non sans raison, d'attacher trop d'importance à notre toilette, et de trop sacrifier pour la parure. Aussi sommes-nous intérieurement bien flattées quand, passant auprès de quelqu'un, nous entendons murmurer discrètement: Voyez cette jeune personne, est-elle charmante? Ce mot résume l'une des aspirations les plus naturelles de la femme: être charmante, que ne ferions-nous pas pour cela, et quel plaisir de l'entendre dire. Mais êtes-vous bien certaine que ce compliment s'adresse seulement à votre toilette? Ce serait vraiment trop de modestie de votre part. L'on vous trouve charmante pour votre tenue soignée et décente, pour votre air souriant, pour l'ensemble de votre personne dont se dégagent l'amabilité, la gaieté, plaisants attributs de la jeunesse. Essayez de vous montrer avec une figure maussade et en parlant durement aux personnes de votre société, vous verrez si vous obtiendrez le même succès. Ainsi donc, si nous n'étions aimable par nature, par devoir ou par raison, il faudrait l'être par cette coquetterie innée chez la femme, par cette assurance que l'amabilité donne plus de grâce et de charme à notre visage que la plus jolie toilette n'en saurait donner à notre corps. Cette qualité rehausse la moindre de nos actions et donne du prix au plus léger service. Elle est indispensable au même titre que la politesse, qui sans elle paraîtrait ou froide ou banale. Il faut la pratiquer à tout âge, dans toutes les positions de fortune, dans toutes les circonstances de la vie. Elle dispose en notre faveur, aide à aplanir bien des difficultés et sert à nous faire aimer, même si nous ne sommes pas jolies et si nous avons cessé d'être jeunes, car elle nous donne l'apparence de la bonté, et il n'y a que la bonté qui puisse faire aimer une vieille femme.

Si à ces qualités nous joignons quelques avantages intellectuels, notre société sera ainsi la plus plaisante et la plus agréable que l'on puisse souhaiter. Notre mari et les autres membres de notre famille n'auront plus pour nous délaisser cette excuse, que nous ne savons rien, que nous sommes incapable de raisonner des questions à l'ordre du jour, qu'en un mot nous ne sommes pas dans le mouvement, et que pour causer et se distraire il faut aller au café. Pour être une femme distinguée, il ne suffit pas d'avoir bonne tournure; si nous ambitionnons ce titre, il faut nous appliquer, dans la mesure du possible, à augmenter nos connaissances, à élever notre niveau intellectuel, de sorte que si quelqu'un des nôtres cause devant nous des grandes questions économiques et sociales qui intéressent tout le monde, il n'ait pas l'air de parler grec. Nous en retirerons des avantages de toutes sortes, d'abord en nous trouvant plus facilement en conformité de vues avec notre mari, ensuite en devenant capable de comprendre et d'apprécier les évolutions et les progrès qui s'accomplissent autour de nous. Il n'est pas nécessaire pour cela d'être savante; l'instruction la plus élémentaire, celle qu'a consacrée l'obtention de notre certificat d'études, y suffit largement, surtout si nous savons l'étendre par la réflexion et d'utiles lectures. Cela ne saurait nuire à l'accomplissement de nos devoirs familiaux; car, de même que l'on peut être une femme charmante sans connaître la chimie et une bonne mère sans rien comprendre aux évolutions des astres, l'on peut être également bonne fille, bonne épouse, bonne mère en s'occupant des choses de l'esprit, et on le sera même d'autant plus que l'intelligence sera mieux cultivée. Car nous devons toujours garder le sentiment de notre dignité; si la nature et plus encore la nécessité font de nous la servante de l'homme, nous ne saurions lui permettre de nous considérer absolument comme une machine à faire la soupe et à raccommoder les chaussettes.

Si donc nos occupations nous laissent quelques instants de loisir, c'est sans contredit à la lecture que nous les emploierons le plus utilement. Gardons-nous de cette littérature frivole, de ces romans plus ou moins stupides qui fausseraient notre esprit, troubleraient notre cœur sans aucun profit pour notre intelligence. Donnons la préférence aux ouvrages sérieux, œuvres d'auteurs de talent, il n'en manque pas, dont les observations, quelle qu'en soit la nature, serviront de complément à notre instruction, ou aux organes de la presse modérée, qui reflètent le mieux l'opinion du pays et qui nous tiendront au courant de ce qui se fait autour de nous. Tirons aussi de l'oubli où souvent nous les laissons nos livres d'éducation, ce serait une erreur de croire qu'ils ne peuvent être nécessaires qu'à notre première jeunesse; nous serons tout étonnées, en les relisant, du profit que nous en pouvons tirer encore, et des sages conseils, des utiles remarques qui, autrefois, avaient échappé à notre inexpérience. Ayons sans cesse devant les yeux le but à atteindre, qui consiste à nous élever en capacités, en intelligence et en vertu pour être à la hauteur de la mission que nous sommes appelées à remplir. La femme moderne ne doit être ni frivole, ni vulgaire; il lui faut savoir se tenir à égale distance de ces deux choses qui la rendraient indigne, et mettre son orgueil à se rendre utile à elle-même, à sa famille et à la société.

RAPPORTS AVEC LES VOISINS

'on a écrit sur le savoir-vivre, la politesse, la façon de se conduire dans le monde et avec le monde, des ouvrages d'une incontestable utilité, pleins de bon sens et de raison. Ces ouvrages et les règles qui y sont exposées s'adressent généralement à la classe riche ou aisée de la société; il n'en existe pas, à notre connaissance, qui puisse servir de guide dans la plupart des cas aux personnes de la classe ouvrière. Nous n'avons pas l'intention de faire double emploi avec ces écrits, cela nous entraînerait hors de notre sujet; nous ne pouvons que vous engager à les lire; vous y trouverez de précieuses indications. Mais il est une lacune que nous voudrions combler en vous disant quelques mots des usages que vous ferez bien d'observer dans vos rapports avec le voisinage.