Un des meilleurs moyens, pour l'ouvrier, d'améliorer sa situation présente et d'assurer l'avenir, c'est sa participation aux sociétés mutuelles. Fondées pour la plupart par d'anciens ouvriers, hommes intelligents comprenant la nécessité de l'union et de la solidarité, elles offrent à leurs adhérents des facilités de toute nature, des combinaisons diverses qui leur permettent de se mettre à l'abri de la maladie, du chômage, de la cherté de la vie, et d'assurer en même temps le pain de leur vieillesse. Le but de ces bienfaisantes associations n'est pas seulement pratique et humanitaire, il est aussi moral. Ceux qui en font partie apprennent à se connaître et à s'estimer, en même temps qu'à s'entr'aider et à se soutenir. Ils forment, dans la grande famille française, une famille d'élite, honorable entre toutes, dont les membres s'écartent si rarement de la voie du devoir, qu'un de nos mutualistes les plus distingués, M. H. Maze, député de Seine-et-Oise, disait que parmi eux il n'en avait presque pas rencontré ayant un casier judiciaire. Cela s'explique par le fait que chacun tient à conserver l'estime de tous, et aussi par la force et la tranquillité que donne l'assurance du lendemain.

Nous ne saurions trop insister auprès de vous pour vous engager à faire partie de quelque société mutuelle, dans votre intérêt et celui des vôtres. C'est si peu de chose que d'épargner un ou deux sous par jour, et on en dépense tant d'autres pour des choses inutiles, parfois nuisibles. Si modeste que soit votre salaire, un prélèvement aussi insignifiant ne peut vous gêner beaucoup, il vous sera au contraire favorable en vous accoutumant à l'économie. Des personnes généreuses autant qu'éclairées ont pris, depuis quelques années, la louable habitude de distribuer aux élèves les plus méritants de nos écoles des livrets de caisse d'épargne ou de quelque société mutuelle. Vous êtes peut-être parmi ces heureux lauréats, mais si vous n'avez pas eu ce plaisir, la somme à verser est tellement minime que vous mettrez votre amour-propre à ne pas vouloir rester en arrière. De grâce, ne laissez pas passer le collecteur sans lui donner l'obole qu'il réclame, faites-vous à vous-même l'aumône que vous retrouverez plus tard. Nous voudrions vous donner sur les sociétés mutuelles de notre ville, tous les renseignements nécessaires concernant leur but spécial et leur fonctionnement, mais cela nous entraînerait trop loin et sortirait quelque peu des limites que nous nous sommes assignées.—Toutefois, plusieurs de ces sociétés s'occupant de l'alimentation à bon marché, nous vous engageons vivement à leur donner la préférence sur les commerçants ordinaires. On ne s'expliquerait pas, en effet, que l'on allât chez l'épicier ou le charcutier payer une marchandise un certain prix tandis que d'autres établissements l'offrent à qualité égale ou meilleure à des conditions plus avantageuses. L'on ne comprendrait pas davantage que vous attachiez quelque importance à ce fait que ces commerçants peuvent vous offrir quelque crédit, car il faut toujours le solder (nous ne pouvons supposer que vous ayez l'intention d'agir autrement), et alors vous en aurez chèrement payé l'intérêt. Il faut bien, du reste, qu'il en soit ainsi pour compenser les pertes occasionnées par les malhonnêtes gens qui ne paient pas.—Dans tous les cas, les sociétés mutuelles ont une influence essentiellement moralisatrice, puisqu'elles assurent le bien-être et exigent en échange la probité.


Une des raisons d'être de notre existence et qui en consacre l'utilité, c'est d'être mère. De même que sur l'arbre on cherche le fruit, auprès de la femme on cherche les enfants, sans lesquels il semble qu'il lui manque quelque chose. Quoi de plus noble et de plus doux que de voir s'entr'ouvrir ces jeunes intelligences et de les diriger vers le bien? Si nous ne reconnaissions la nécessité de faire en toutes choses notre devoir pour les différentes raisons que nous venons d'énumérer, il faudrait encore y rester fidèle pour les chers petits êtres auxquels nous devons, avec la subsistance, l'exemple d'une vie irréprochable et digne. Nous n'avons jamais rencontré une mère n'aimant pas ses enfants, mais nous en connaissons un grand nombre qui croient avoir rempli leurs obligations maternelles quand elles les ont comblés de caresses et satisfait à tous leurs caprices.

Votre premier devoir envers vos enfants en bas âge est de leur donner tous les soins propres à leur assurer une bonne santé pour le présent et pour l'avenir. Si vos occupations ni aucune autre circonstance ne s'y opposent, et sauf avis contraire du médecin, nourrissez-les de votre lait, votre santé s'en trouvera bien et outre une sérieuse économie, vous en retirerez des satisfactions de toute nature. Votre enfant sera ainsi plus avenant et à l'abri de la plupart des causes de mortalité qui font tant de petites victimes, surtout pendant la période estivale. Quelle que soit la manière dont vous les nourrissiez, n'oubliez pas que la propreté, les soins hygiéniques et le grand air leur sont indispensables.

La première année est toujours la plus difficile; mais que de douces joies lorsque le petit être commence à comprendre, à vouloir vivre! Ses petites jambes s'agitent, il veut marcher; sa bouche bégaie les mots qu'il entend le plus souvent, et c'est vous la première qu'il appelle. Sans être partisan de la théorie de Darwin qui nous fait descendre du singe, il est vraiment intéressant d'observer la faculté d'imitation innée chez l'homme dès son berceau. Voyez votre petit enfant encore incapable de marcher, s'il peut s'échapper de vos bras, ce sera pour se traîner jusqu'à l'endroit où vous déposez votre balai, votre essuie, votre brosse ou tout autre objet dont vous vous servez fréquemment, et pour essayer d'en faire l'usage qu'il vous en voit faire à vous-même. Cette disposition naturelle s'accentuera au fur et à mesure qu'il avancera en âge, c'est pourquoi il importe de ne lui donner que de bons exemples. Ne faites rien, ne dites rien devant lui que vous ne voudriez lui voir faire ou lui entendre répéter. Étudiez avec soin les premières manifestations de sa volonté naissante, de ce qui sera son caractère propre; appliquez-vous à le diriger, à en corriger les défauts. Gardez-vous de cet excès de sensiblerie qui porte tant de mères à fausser l'éducation de leurs enfants dans la crainte de leur causer un léger désagrément, facile à supporter à cet âge. De même qu'il est plus aisé d'arracher un bourgeon qu'un vieil arbre, vous extirperez plus facilement un défaut dès son apparition, que si vous le laissez s'enraciner. Ce qui, dès le début, n'est qu'un petit défaut, finit généralement par devenir un grand vice; or, les vices sont comme les gens de mauvaise compagnie, il ne faut leur laisser prendre pied nulle part, dès qu'ils paraissent, chassez-les au plus tôt. Votre enfant vous saura gré dans l'avenir des efforts que vous aurez faits pour le bien élever, pour former son caractère et son cœur et lui inspirer de bons sentiments. Les enseignements d'une mère ne sont jamais perdus. L'enfant étourdi plutôt que mauvais peut parfois n'en pas tenir compte, mais plus tard, devenu homme, il se souviendra avec attendrissement des soins dont vous entouriez son enfance, des sages conseils que vous prodiguiez à sa jeunesse et qui seront dans la vie son guide le plus sûr.

Cette mission, la plus noble que nous puissions être appelées à remplir, demande de notre part les plus sérieuses réflexions, nous ne saurions y apporter trop de zèle et de sagesse.—Une grande dame romaine se trouvant au milieu de femmes futiles occupées à se faire voir leurs bijoux, fut sollicitée de montrer aussi les siens. Elle se fit amener ses trois enfants qu'elle avait élevés avec le plus grand soin pour l'honneur de la patrie et leur dit: Voici mes bijoux, ma plus belle parure. Imitons l'exemple de cette noble femme, apprenons à nos enfants à aimer notre France humiliée et amoindrie, et à vouloir contribuer à son relèvement, afin que, quand sonnera l'heure de la justice, elle trouve des défenseurs prêts à la venger. Parlons-leur souvent de son histoire, de sa gloire passée, de ses malheurs, et inspirons à ces jeunes cœurs un patriotisme ardent et éclairé jusqu'au jour où tous les peuples seront frères par la liberté.

DES QUALITÉS QU'IL FAUT ACQUÉRIR

our remplir convenablement les devoirs que la famille nous impose, ainsi que nos autres obligations sociales, il est indispensable que nous possédions les qualités morales qui font le charme de la jeune fille, de la femme, et l'agrément du foyer domestique. Et parmi ces qualités nous citerons plus particulièrement l'amabilité, la bienveillance et l'égalité d'humeur. Nous ne reviendrons pas sur la question de l'affection et du dévouement que nous devons à ceux qui nous entourent, mais nous dirons que ces sentiments eux-mêmes paraîtraient imparfaits s'ils étaient pratiqués avec des manières brusques et un air grincheux. Mais, nous direz-vous, ce sont là des qualités natives que l'on ne saurait acquérir. C'est une erreur; une femme d'esprit l'a dit avec beaucoup de raison: l'on apprend tout, même à être bon[2]. Non pas que d'un tempérament froid et dissimulé l'on puisse faire une nature franche et généreuse, nous ne le pensons pas; mais que de fois nos défauts sont-ils plus apparents que réels et ne paraissons-nous mauvaises que parce que nous sommes irréfléchies. De même que par le travail nous pouvons nous procurer le bien-être matériel, nous pouvons également, par la réflexion, qui est un travail intellectuel, acquérir les qualités qui, au premier abord, paraissent nous manquer complètement.