Nous devons donc travailler dans la mesure du possible, à moins que, surchargées de famille, le soin de nos enfants et de notre ménage ne nous en laisse pas le temps. Toutefois, nous estimons qu'une femme ayant moins de trois enfants, doit pouvoir gagner quelque argent. Il ne manque pas, dans notre grande ville, de métiers faciles à exercer, même si nous n'avons pas de profession, ou si celle-ci, trop minutieuse, ne peut se concilier avec nos obligations de mère de famille. Ne vous laissez pas décourager par la modicité de votre salaire, ne dites pas: à quoi bon se donner tant de peine pour gagner si peu? Votre gain ne serait-il que de cinquante centimes par jour en moyenne, cela fait quinze francs par mois, de quoi payer une petite location, et n'est-ce pas là ce qui, généralement, embarrasse le plus les petits ménages? L'on se nourrit toujours, l'on s'habille comme on peut, mais lorsqu'il faut à jour fixe trouver l'argent du loyer, que de gêne et de contrariété, et quelle vilaine figure on trouve à son propriétaire quand on n'a pu économiser de quoi le payer. Si donc vous pouvez par votre travail subvenir à cette obligation ou à toute autre, vous auriez grand tort de vous en dispenser.
Le travail acquiert et l'économie conserve: ces deux qualités nous sont donc indispensables si nous voulons améliorer notre situation. Nous ajouterons qu'elles sont inhérentes l'une à l'autre, surtout chez la femme, moins exposée que l'homme aux entraînements du dehors. La femme qui travaille et qui sait combien de peines représente une pièce de monnaie, y regardera à plusieurs fois avant de la dépenser inutilement. De même si, par extraordinaire, une femme pouvait être économe sans être travailleuse, elle le deviendrait en raison du profit qu'elle en peut retirer.
La véritable économie ne consiste pas, comme certaines personnes paraissent le croire, à nous refuser les choses nécessaires à la vie; c'est là une erreur qui constitue ce que l'on est convenu d'appeler une économie coûteuse. Il faut au contraire chercher à nous procurer tout le bien-être compatible avec nos ressources, à condition toutefois de ne les pas absorber complètement, et d'épargner toujours quelque chose pour la vieillesse et les moments difficiles. Le bien-être est un besoin inné chez l'homme, et plus ou moins développé selon son degré d'intelligence et d'éducation. Il exerce une influence considérable sur notre santé, notre caractère, nos mœurs et les conditions générales de notre existence. Nous ne pouvons nous le procurer, si nous sommes pauvres, qu'à des conditions déterminées. La première est de savoir en régler également toutes les parties, car il ne consiste pas seulement à bien manger, à se bien vêtir, à se loger confortablement, mais en toutes ces choses réunies dans la mesure du possible. Si vous dépenser trop pour l'une d'entre elles, vous serez forcément obligée de vous restreindre sur les autres, et vous n'aurez pas un bien-être complet. C'est en cela que consiste l'art de la vraie ménagère; il lui faut, pour réaliser cet idéal, une certaine intelligence et une assez longue pratique du ménage. Cette expérience pouvant faire défaut à la plupart des jeunes personnes, c'est pour y suppléer et en vue de faciliter votre tâche que nous vous donnerons plus loin quelques conseils appuyés de quelques chiffres.
Établissez donc votre budget de manière à avoir de tout un peu, si vous ne pouvez davantage, sans oublier de porter une certaine somme à la réserve. Ne dites pas: j'épargnerai s'il m'en reste; mais, au contraire, je ne dépenserai que ce qui me restera après avoir prélevé sur mon salaire de chaque mois ou de chaque semaine quelque chose pour l'avenir.
Cette question de l'avenir est celle qui sans cesse doit nous préoccuper. Nous ne serons malheureusement pas toujours jeunes et valides, la vieillesse arrivera, amenant avec elle son cortège d'infirmités. Peut-être même, jeunes encore, serons-nous accablés par la maladie, par des adversités de toutes sortes; peut-être aurons-nous à souffrir du chômage ou d'une diminution de notre salaire. Ce sont là toutes choses qu'il convient de prévoir, car, il faut bien l'avouer, l'imprévoyance de l'ouvrier est souvent la cause de ses maux. Combien parmi eux qui, après avoir eu pendant longtemps des gains relativement élevés, se sont trouvés, dans leur vieillesse ou au moindre revers, précipités dans la plus profonde misère. Epargnons donc pendant que nous le pouvons; si nous sommes dans une situation relativement aisée, profitons-en pour réaliser des économies plus appréciables, et si nous nous trouvons dans une condition difficile, songeons qu'elle peut le devenir encore davantage. Epargnons toujours si peu que ce soit.
La sage économie dont vous ferez preuve sera d'un bon exemple pour votre mari, qui osera moins se permettre des dépenses inutiles. Encouragé d'ailleurs par les bons résultats de votre prévoyance, il aura à cœur de contribuer à votre œuvre, sa conduite sera meilleure, la paix de votre ménage plus assurée. Ainsi, l'économie, l'ordre et le travail vous procurent à tous les points de vue d'incontestables avantages.
LA JOURNÉE D'UNE MÉNAGÈRE.—TENUE DE LA MAISON ET TENUE PERSONNELLE
l ne suffit pas, dit un vieux proverbe, de se lever matin, il faut arriver à l'heure. Nous ne vous conseillerons donc pas de suivre l'exemple de certaines personnes qui, debout dès l'aube et se couchant tard, ne produisent néanmoins qu'une somme de travail tout-à-fait insuffisante. Ce régime ne tarderait pas à altérer votre santé; vous avez tout intérêt à vous occuper sérieusement pendant la journée et à ne pas la prolonger outre mesure. Il sera généralement suffisant que vous vous leviez à cinq heures en été, à six heures en hiver, et quant à continuer fort tard votre travail, nous ne saurions vous y engager. Votre vue s'affaiblirait bientôt et les dépenses de lumière et de chauffage en hiver qu'occasionneraient vos veilles absorberaient la plus grande partie de votre supplément de gain, vous auriez ainsi travaillé sans profit; le mieux est de ne pas prolonger votre journée au delà de neuf heures du soir. Vous ne pouvez du reste pas faire davantage, la force humaine a une limite qu'il ne faut pas dépasser; nous risquerions, en voulant l'excéder, de compromettre notre santé, de contracter quelque maladie qui coûterait fort cher à soigner et nous empêcherait de gagner notre vie. Le soin de notre santé est sans contredit la meilleure économie que nous puissions faire; il faut chercher à le concilier avec nos autres obligations. Il existe une hygiène spéciale pour tous les actes de la vie, il faut s'y conformer rigoureusement, c'est le moyen de conserver ce grand bien, la santé, qui tient lieu de beaucoup d'autres, et sans lequel les autres ne sont rien. Vous agirez donc sagement en occupant consciencieusement votre temps, en ne perdant pas une minute pendant la journée et en prenant d'autre part le repos nécessaire pour récupérer vos forces. De cette façon, vous travaillerez mieux et plus vite.
Votre première occupation, après que vous serez lavée et peignée et que vous aurez pris votre premier repas du matin, sera de vaquer aux soins de votre ménage. Vous remettrez d'abord en ordre votre literie, qu'en vous levant vous aurez pris soin d'exposer à l'air, puis vous brosserez votre parquet, secouerez vos tapis et essuierez vos meubles. Il sera bon qu'après chaque repas vous laviez votre vaisselle, afin d'éviter l'encombrement et de l'avoir toujours propre à votre disposition. Si votre ménage est entretenu avec soin, il ne vous demandera chaque jour que peu de temps. Il suffira qu'une fois par semaine, c'est généralement le samedi que les ménagères choisissent pour cela, vous fassiez le grand nettoyage, c'est-à-dire laver vos carreaux et vos glaces, récurer vos cuivres et votre ferblanterie, remettre en cire vos parquets, si telle est votre habitude. Nous vous engageons à cirer votre plancher plutôt qu'à le laver, ce dernier moyen ayant l'inconvénient de donner de l'humidité et d'éclabousser les meubles. L'humidité est ennemie de la propreté autant que de la santé; dans une maison humide, rien ne reste en bon état, pas même notre corps, puisque nous y pouvons contracter des douleurs et des rhumatismes. C'est pourquoi il faut prendre soin d'aérer le plus possible votre appartement; ne craignez pas, lorsque le temps le permet, de laisser vos fenêtres ouvertes, au risque de voir pénétrer chez vous la poussière, ce qui est désagréable, nous en convenons, mais de deux inconvénients il faut choisir le moindre. Il serait superflu de vous dire que les recoins de votre appartement doivent être aussi propres que l'endroit le plus visible, et ne doivent en aucune façon servir de réceptacle à toutes sortes d'objets dont la place est ailleurs.