Une fois votre ménage remis en ordre, il vous restera généralement un peu de temps en attendant l'heure de préparer votre déjeuner. Vous l'emploierez soit a laver, à confectionner ou raccommoder le linge et les vêtements de la famille, soit a exercer votre profession. Ne manquez jamais d'échanger contre des vêtements plus convenables ceux qui, sans être malpropres, vous servent depuis votre lever pour procéder à votre nettoyage. Il est indispensable que vous soyez en tenue propre et soignée pour l'heure à laquelle doivent revenir vos parents ou votre mari, ainsi que pour le cas où vous auriez à sortir pour acheter quelques provisions. Une jeune fille, une femme qui se respecte, ne se montrera jamais, ne serait-ce que sur le seuil de sa porte, sans être coiffée et vêtue proprement. Il n'est pas nécessaire d'être élégante, mais si modeste, si pauvre même que soit votre mise, elle peut, elle doit être toujours d'une rigoureuse propreté.
Lorsque vous aurez terminé votre déjeuner et remis en place votre vaisselle, il vous restera tout le temps de l'après-midi pendant lequel vous pourrez vous occuper sérieusement. Ne perdez pas une minute de ce temps si précieux et malheureusement si court, songez que l'heure de préparer le repas du soir arrivera vite. S'il vous est possible de travailler pour le monde, calculez ce que vous pouvez gagner en ces quelques heures, et combien cette somme, chaque jour répétée, peut vous être utile dans votre maison. Si vous avez beaucoup d'enfants et que vous perdiez votre temps, songez que ceux-ci seront les premiers à en souffrir; votre ouvrage ne se fera pas, vous serez débordée; le linge, les vêtements ne seront pas entretenus convenablement; il faudra les renouveler plus souvent et se priver pour cela d'autres choses non moins indispensables. Ne manquez pas de préparer le repas pour l'heure à laquelle doivent rentrer ceux des vôtres que leurs occupations appellent au dehors. Ceux-ci, qui, souvent, reviennent harasses de fatigue, seront heureux de se réconforter par une bonne nourriture, de se reposer auprès de vous, aimante et douce, dans leur habitation saine et bien tenue. Ils vous sauront gré des efforts que vous ferez pour leur procurer ce bien-être qui leur donnera du courage et de la force pour recommencer le lendemain leur pénible labeur.
Aussitôt votre repas du soir terminé, vous rangerez votre vaisselle, balaierez votre maison et veillerez soigneusement à ce qu'aucune émanation, soit de cuisine, soit de chauffage, ne s'y concentre; il faudra pour cela laisser vos fenêtres ouvertes pendant un certain temps avant de vous coucher.
Lorsque vous aurez ainsi, pendant toute la semaine, rempli vos obligations de bonne ménagère, vous aurez mérité de prendre le dimanche quelque distraction. Choisissez de préférence une promenade au grand air, il n'est rien de plus hygiénique, mais gardez-vous bien de dépenser ce jour-là ce que vous avez eu tant de peine à gagner pendant la semaine. C'est pourquoi nous vous faisons observer qu'il est préférable de sortir le dimanche, qui est le jour consacré au repos du plus grand nombre, et pendant lequel vous trouverez des distractions peu coûteuses.
ÉCONOMIE DOMESTIQUE—LA NOURRITURE L'HABILLEMENT
rois jeunes sens, excellents camarades pourtant, se querellaient entre eux. Moi, disait l'aîné, je vous surpasserai tous, je serai médecin, je deviendrai célèbre et riche.—Moi aussi, dit le plus jeune, je serai médecin, mais comme j'aurai plus de talent que toi, je te prendrai ta clientèle, il ne te restera d'autre ressource que d'essayer de te faire élire député.—Vous vous trompez, mes bons amis, dit le troisième, vous ne ferez rien ni l'un ni l'autre, car moi, je serai cuisinier—Fi donc, monsieur le gâte-sauce, s'écrièrent en chœur les deux premiers!—Oui, reprit-il, je serai cuisinier, et puisque vous comptez sur les malades pour faire votre position, j'empêcherai qu'il y en ait. La plupart des médicaments, presque toujours répugnants, que vous rêvez, d'imposer à vos clients, je les donnerai aux gens bien portants sous la forme d'une nourriture confortable et saine. À vos reconstituants, a vos dépuratifs, j'opposerai d'excellent bouillon, d'appétissants rosbifs, des plantes alimentaires sagement employées, je leur conserverai ainsi la santé, ils n'auront pas besoin de vos soins et il ne vous restera plus à soigner que les maux de dents et les jambes cassées.
Ce jeune homme avait évidemment raison, une bonne nourriture dispense souvent d'aller chez le médecin, car elle prévient un grand nombre de maladies, et même dans bien des cas, la nourriture dirigée par une personne intelligente, ayant quelques notions d'hygiène, peut constituer à elle seule tout un traitement. Cette question des connaissances hygiéniques se rattachant à l'alimentation a, à notre avis, une importance très grande, tant au point de vue sanitaire qu'à celui de l'économie domestique. Par exemple une jeune femme ayant ces connaissances ne couchera pas ses enfants après leur avoir donné pour dîner de la pâtisserie ou une tartine de beurre. Elle usera d'autre part de toute son influence pour proscrire de sa maison l'usage des boissons alcooliques qui produisent de si funestes résultats. Elle fera une part égale aux mets reconstituants, tels que potages gras, viandes saignantes, et aux plantes dépuratives et rafraîchissantes, de manière à prévenir à la fois l'anémie et l'échauffement.
La nourriture, qui constitue la plus forte dépense du ménage, demande à être réglée d'une façon particulièrement sérieuse; la plupart des jeunes personnes ne nous paraissent pas y attacher toute l'importance qu'elle comporte. Mais, nous direz-vous, tout le monde ne peut avoir une bonne nourriture, pour la raison bien simple que l'on ne peut pas toujours y mettre le prix. Nous vous ferons remarquer que l'alimentation, pour être saine et confortable, n'a pas besoin d'être composée de mets recherchés; c'est au contraire la nourriture la plus simple, la plus naturelle, qui est la meilleure. N'avez-vous pas souvent entendu dire à bien des gens qu'ils préfèrent une fricassée de pommes de terre bien faite à un plat de viande mal réussi, c'est-à-dire que la nourriture tire son principal agrément du talent de la cuisinière et de la régularité avec laquelle elle est dirigée? Il serait en effet très mauvais à tous les points de vue que vous fissiez excès de table pendant que votre bourse est bien garnie, au risque de vous imposer de dures privations en attendant d'autres ressources.
C'est donc à savoir parfaitement faire la cuisine que toute bonne ménagère devra s'ingénier. Elle réalisera ainsi d'importantes économies, car il est prouvé qu'une bonne cuisinière fait mieux à peu de frais qu'une autre avec une forte dépense. Ce talent n'est pas fort difficile à acquérir, il suffit d'y apporter quelque attention; si vous n'avez pas réussi quelque mets ou si l'assaisonnement vous en a paru trop coûteux, faites une autre fois d'une manière différente et toujours ainsi jusqu'à entière satisfaction. Nous n'avons pas l'intention d'empiéter ici sur les attributions des livres de cuisine, nous nous permettrons néanmoins de vous donner quelques conseils concernant l'économie de la nourriture, conseils que ces publications ne sauraient relater.