Cet exemple et beaucoup d'autres que bien certainement vous aurez rencontrés, prouve combien est forte l'influence de la femme dans la famille et combien dans la plupart des cas il lui serait facile de ramener l'homme à l'accomplissement de ses devoirs. Il n'existe pas, à notre avis, de plus légitime fierté que celle de l'enfant qui pourrait avoir cette intime conviction d'avoir moralement sauvé ses parents, de les avoir aidés à se relever à leurs propres yeux et à ceux des autres.

Si nous avons des frères et sœurs, aimons-les tendrement, intéressons-nous à tout ce qui les concerne. S'ils sont plus jeunes que nous, ayons à cœur d'aider nos parents à les bien élever, à leur inspirer de bons sentiments, ne leur donnons nous-mêmes que de bons exemples. Protégeons-les en toute occasion, et remplaçons auprès d'eux notre mère, si des circonstances malheureuses viennent à les en priver. S'ils sont nos aînés reconnaissons-leur une certaine part d'autorité sur nous, acceptons leurs conseils; en tous cas évitons de les taquiner, de leur causer de la peine. N'agissons jamais envers eux avec cette acrimonie qui amène parfois de si regrettables divisions entre les enfants d'une même famille. Habituons-nous de bonne heure à supporter et à nous pardonner mutuellement nos défauts de caractère. Que de relations gâtées ou irrémédiablement perdues qui auraient pu être les meilleures de notre vie, parce que nous n'avons pas su resserrer les liens d'amitié que la nature avait créés entre nous, parce que sous le coup de puériles susceptibilités, nous avons par égoïsme, par orgueil ou par jalousie blessé ceux que le Ciel nous avait donnés pour compagnons de notre jeunesse, pour amis les plus intimes de toute notre existence.

Ce serait une erreur de croire que les égards, la politesse, les convenances n'existent que pour être pratiqués envers les étrangers. Nous n'avons pas l'intention d'énumérer ici les règles du savoir-vivre, cela nous entraînerait trop loin: d'autres, d'ailleurs, l'ont fait avant nous avec plus de succès que nous n'en pourrions prétendre. Disons seulement que les usages qu'une bonne éducation nous impose envers les indifférents, ne doivent être suivis qu'avec plus d'empressement dans l'intérieur de la famille. Nous y gagnerons du reste de toutes façons, d'abord en nous faisant aimer de notre entourage, ensuite en contractant l'habitude des bonnes manières qui, sans cela, n'étant pratiquées que momentanément, auraient quelque chose d'affecté, c'est-à-dire de ridicule.

Lorsque l'on verra une jeune fille respectueuse et dévouée pour ses parents, polie et bienveillante envers tous, s'occupant avec diligence des soins du ménage tout en conservant sur elle-même cette apparence de propreté qui la rend si charmante, l'on sera naturellement disposé envers elle à l'estime et à la sympathie. C'est alors que ceux qui désirent fixer leur avenir porteront leurs vues sur elle, pensant avec raison que celle qui est bonne fille, bonne sœur, sera bonne épouse et bonne mère.

De tous les actes de la vie, le mariage est le plus important, celui qui implique les plus graves conséquences et qui demande, par suite, le plus de réflexion. De l'union que vous contracterez, de la manière dont vous vous comporterez, dépendent le bonheur et la tranquillité de votre existence, de celle de vos enfants et de toute votre famille. Nous ne saurions trop insister sur la nécessité d'arriver à cette époque de votre vie avec le sentiment absolu et bien défini de vos devoirs. Le mariage étant l'état auquel vous êtes destinées, il est indispensable que vous soyez instruites des obligations qu'il impose.

Les préliminaires du mariage ne sont pas les mêmes dans toutes les classes de la société. Tandis que, dans une situation aisée, les parents s'occupent de l'établissement de leurs enfants et les mettent soigneusement à l'abri de toute fréquentation dangereuse, les jeunes filles de la classe ouvrière, forcées par leur travail de sortir seules, jouissant d'une plus grande liberté, se trouvent exposées à des rencontres qui, pour être parfois inévitables, n'en présentent pas moins de sérieux inconvénients. Nous n'avons pas à nous préoccuper ici de celles qui trouvent au sein de leur famille conseils et protection, c'est aux jeunes filles qui, privées par la nécessité de la surveillance de leurs parents, sont obligées de se diriger elles-mêmes, que nous voudrions adresser quelques observations.

Si vous êtes soucieuse de votre avenir, si vous tenez à vous marier honorablement, quoique ne possédant pas de fortune, faites d'abord en sorte que votre conduite ne donne jamais lieu à la moindre critique, au plus léger soupçon. Si, par la nécessité de votre profession, vous vous trouvez en rapport avec des jeunes gens, ne vous permettez jamais avec eux la moindre liberté, et sans cesser d'être aimable et polie, observez une certaine réserve dans vos manières et votre langage. Ne fréquentez jamais non plus d'autres jeunes filles dont la conduite ne serait pas irréprochable ou dont le laisser-aller pourrait donner lieu à de fâcheuses suppositions; c'est en vous respectant vous-même que vous vous ferez respecter des autres. Mettez toujours au-dessus de toutes choses le soin de votre dignité, et quelle que soit la situation que puissent vous créer les évènements, ne vous commettez jamais avec des gens de mœurs dépravées, d'habitudes et de goûts grossiers; faites en sorte de pouvoir entendre citer sans rougir le vieux dicton: «Dis-moi qui tu hantes, je te dirai qui tu es.» Jamais d'ailleurs un homme de quelque mérite, ne fût-il qu'un ouvrier, ne consentira à donner son nom à une personne dont les fréquentations ou la conduite seraient pour lui un sujet de honte.

Quelle que soit la position sociale de vos parents, quelles que puissent être même leurs fautes et leurs erreurs, ne songez jamais à vous marier contre leur volonté. C'est là la plus grande peine que vous puissiez leur faire, le plus complet manque de respect qu'il vous soit possible de leur infliger. Vos parents qui connaissent la vie, qui en ont l'expérience, seront meilleurs juges que vous-même des conditions propres à assurer votre bonheur. Ils n'ont en vue que le bien de votre avenir, et s'ils s'opposent à des projets qui vous sont chers, c'est qu'ils prévoient pour vous de cruelles déceptions. Les unions contractées dans ces conditions réussissent d'ailleurs rarement au gré des intéressés, l'accord des familles étant, en cette circonstance, ce qu'il y a de plus profitable.

Dans le cas où, au cours de vos absences de la maison paternelle, vous vous trouveriez recherchée par un jeune homme dont les intentions vous paraîtraient honnêtes, faites-en part de suite à vos parents. Souvenez-vous que vous leur devez compte de vos actions et qu'il vous est interdit de leur cacher quoi que ce soit. Votre mère, en pareille circonstance, est tout indiquée pour être votre confidente. C'est auprès d'elle que vous trouverez les utiles conseils dont a besoin votre inexpérience, c'est dans sa tendresse éclairée qu'elle puisera les ressources qui éloigneront de vous le danger et assureront votre avenir.

N'attachez pas trop d'importance à la situation pécuniaire d'un prétendant, ni même à ses avantages physiques; préoccupez-vous surtout de ses qualités morales, de son intelligence, de sa conduite, c'est de cela que dépend votre bonheur. Disons-le bien haut, du reste, à la louange de la classe ouvrière, ce n'est pas dans son sein que l'on rencontre le plus souvent ces associations où la question d'intérêt a tenu plus de place que l'inclination naturelle des futurs époux. En nous résumant, nous vous dirons ceci: regardez un bel homme, écoutez un homme d'esprit, mais n'aimez jamais qu'un homme de cœur. C'est l'oiseau rare que je vous souhaite....