LA JEUNE FEMME DANS SON INTÉRIEUR.

DEVOIRS ENVERS LE MARI ET LES ENFANTS.

otre mari a droit à toute votre tendresse, c'est le premier devoir que le mariage vous impose. Si quelque chose en lui vous déplaisait, si vous pensiez ne pas pouvoir l'aimer, il eût mieux valu en faire part à votre famille, et refuser de contracter une union dont serait exclu le sentiment qui en fait le charme et la moralité. Mais du jour où vous l'avez librement accepté, votre existence cesse en quelque sorte de vous appartenir et doit être entièrement consacrée au bonheur de celui dont vous portez le nom. Vous ne cessez pas pour cela d'être la fille respectueuse et dévouée de vos parents, vous ne retirez rien à votre famille de vos premiers sentiments, mais vous êtes mariée et à cet état nouveau s'attache pour vous des obligations nouvelles.

Vous devez aimer votre mari, vous lui devez, nous le répétons, une tendresse inaltérable et un dévouement sans bornes. N'objectez pas qu'il n'est pas tel que vous l'aviez supposé avant votre mariage, qu'il ne possède pas telle qualité dont vous le croyiez doué, qu'il a tel défaut dont il s'était bien gardé de paraître affligé. Vous n'aviez pas, je suppose, la prétention d'épouser un homme parfait, cette exigence ne se justifierait pas, n'étant pas vous-même d'une perfection défiant la critique. En effet, ne l'avez-vous pas quelque peu trompé, vous aussi? Lorsque vous étiez sa fiancée, n'avez-vous pas dissimulé avec soin vos petits travers, et fait parade de toutes les qualités que vous pensiez lui être agréables? Et si en sa présence vous aviez laissé brûler le rôti, si vous vous étiez laissée aller à quelque accès de mauvaise humeur, êtes-vous bien certaine qu'il vous eût épousée?

Ce qui amène le plus souvent de part et d'autre, au lendemain du mariage, d'amères déceptions, c'est cette idée préconçue que l'on va jouir d'un bonheur sans mélange, que l'on n'aura jamais rien à se reprocher mutuellement. Et comme la réalité est toujours inférieure au rêve, il arrive que l'on se croit lésé, alors que l'on s'était illusionné seulement. Si l'on arrivait au mariage avec ce raisonnement plus pratique, que rien en ce monde ne saurait être parfait, que l'existence des époux doit être faite de concessions réciproques, peut-être se trouverait-on plus heureux. Sans doute il a des défauts, votre mari, mais s'il est honnête homme et s'il a pour vous de la tendresse, il faut l'aimer non-seulement parce qu'il vous aime, mais aussi pour la confiance qu'il vous témoigne en s'en remettant à vous du soin de l'honneur de son nom et du bonheur de sa vie.

Songez aussi à ce que serait votre existence sans le mari, qui, avec une situation régulière, vous donne appui et protection? Il n'y a pas que du ridicule et des dangers dans la position de vieille fille. Quels que puissent être les motifs qui vous aient éloignée du mariage ou les circonstances qui pour vous l'aient rendu impossible, il viendra toujours un moment pénible entre tous, le moment cruel de l'isolement, où vous serez privée de vos parents et où vous regretterez amèrement de n'avoir pas de famille. Et à ce propos laissez-nous vous mettre en garde contre cette prétention exagérée qu'ont parfois les jeunes filles de trouver un époux d'une condition relativement supérieure à la leur ou à celle de leur famille. Oh! nous savons bien que ce n'est pas la question d'intérêt qui vous guide: vous ne demandez pas qu'il ait de la fortune, mais vous le voudriez doué de toutes sortes d'avantages physiques et intellectuels, gagnant largement sa vie, toutes choses enfin qui se trouvant réunies en un jeune homme, lui permettent d'aspirer à une union plus brillante et plus fortunée. Nous ne saurions blâmer en vous ce sentiment si légitime et si naturel, propre à toute âme bien née, de désirer que votre mari ne fût pas le premier venu. Mais il est certain, des exemples quotidiens le prouvent, qu'une jeune fille sage doit souvent renoncer à des partis auxquels elle aurait pu raisonnablement prétendre et se contenter d'un autre moindre, parce qu'en somme l'homme reste toujours le maître de la situation, et qu'il vaut mieux être modeste dans ses exigences que de renouveler la mésaventure du héron, qui ayant, pour son repas, dédaigné le menu fretin, dut, son estomac criant famine, se contenter d'un limaçon.

Nous savons bien qu'il est des circonstances qui rendent difficile, si ce n'est impossible, l'établissement d'une jeune fille, et que telle personne élevée en vue d'une certaine position, se résoudra difficilement, même après des revers de fortune, à se marier dans des conditions dont sa fierté souffrirait; mais ce cas est tout-à-fait accidentel, et si vous n'en êtes pas les victimes, vous n'avez pas à en subir les conséquences. En somme, le mariage, pour n'être pas toujours un état parfait, est encore le moins imparfait que vous puissiez choisir.

Vous devez aussi a votre mari fidélité et obéissance. À des jeunes filles qui seront d'honnêtes femmes, nous n'avons rien à dire du premier point, mais nous appelons votre attention sur le second.

L'obéissance que vous devez à votre époux n'est pas celle à laquelle vous étiez accoutumée envers vos parents. Tandis qu'alors vous n'encouriez aucune responsabilité et qu'à ceux-ci vous deviez obéir sans discuter, il vous faudra, dans la soumission que vous accorderez à votre mari, conserver le sentiment de vos droits, de vos intérêts et de ceux de vos enfants, si parfois il venait à les méconnaître. Faudra-t-il donc, nous direz-vous, obéir aveuglément et toujours? Eh bien, dussions-nous être lapidée par le sexe fort, nous vous dirons: non, il ne faut pas obéir malgré tout et en toute occasion, mais il ne faut désobéir que lorsque vous avez cent fois raison de le faire, c'est-à-dire dans des cas absolument graves, dans des circonstances exceptionnelles. Une femme qui, par un sot orgueil, prendrait plaisir à contrecarrer en toute occurrence les idées de son mari pour faire prévaloir les siennes, ou qui méconnaîtrait son autorité au point d'entrer avec lui en lutte ouverte pour des futilités, sur des questions de peu d'importance n'impliquant en rien l'avenir, non-seulement cette personne manquerait à tous ses devoirs, mais elle commettrait la plus insigne folie, perdrait à tout jamais la paix de son ménage et s'exposerait aux plus graves désagréments. D'ailleurs une femme aimant son mari et possédant quelque peu de tact, sait généralement, le cas échéant, sauvegarder les intérêts communs de la famille sans troubler la bonne harmonie de son intérieur, et donner à la soumission requise le caractère qui lui convient.