Le dieu se détourna, puis lui tint ce langage:

Courage, de Maïa, l'excellente en beauté,

Et du grand Jupiter, beau fils emmailloté,

Sans doute je pourrais trouver par aventure

La trace de mes boeufs, guidé par cet augure,

Mais tu me conduiras toujours en attendant.

(Hymnes d'Homère, traduction de Salomon Certon, page 59.)

Chez les Romains tout était présage. Un caillou auquel le pied se heurtait, le cri d'une chouette, l'aboiement d'un chien, un vase brisé, une vieille femme qui vous regardait la première, un animal qu'on rencontrait. Ces vaines terreurs avaient pour principe cette grande science magique de la divination qui ne néglige aucun indice et qui, d'un effet inaperçu du vulgaire, remonte à une série de causes qu'elle enchaîne entre elles. Elle sait, par exemple, que les influences atmosphériques qui font hurler le chien, sont mortelles pour certains malades; que la présence et le tournoiement des corbeaux annoncent des cadavres abandonnés: ce qui est toujours de sinistre augure. Les corbeaux fréquentent plus volontiers les régions du meurtre et du supplice. Le passage de certains oiseaux annonce les hivers rigoureux, d'autres par des cris plaintifs sur la mer donnent le signal des tempêtes. Ce que la science discerne, l'ignorance le remarque et le généralise. La première trouve partout d'utiles avertissements; l'autre s'inquiète de tout et se fait peur à elle-même.

Les Romains étaient aussi grands observateurs de songes; l'art de les expliquer tient à la science de la lumière vitale et à l'intelligence de sa direction et de ses reflets. Les hommes versés dans les mathématiques transcendentales savent bien qu'il n'y a pas d'image sans lumière soit directe, soit reflétée, soit réfractée, et par la direction du rayon dont ils sauront reconnaître le retour sous la brisure, ils parviendront toujours par un calcul exact au foyer lumineux dont ils apprécieront la force universelle ou relative. Ils tiendront compte aussi de l'état sain ou maladif de l'appareil visuel, soit extérieur, soit intérieur, auquel ils attribueront la difformité ou la rectitude apparente des images. Les songes, pour ceux-là, seront toute une révélation. Le songe est un semblant d'immortalité dans cette mort de toutes les nuits que nous appelons le sommeil. Dans les rêves nous vivons de la vie universelle sans conscience de bien ou de mal, de temps ou d'espace. Nous voltigeons sur les arbres, nous dansons sur l'eau, nous soufflons sur les prisons et elles s'écroulent, ou bien nous sommes lourds, tristes, poursuivis, enchaînés, suivant l'état de notre santé, et souvent aussi celui de notre conscience. Tout cela sans doute est utile à observer, mais que peuvent en conclure ceux qui ne savent pas et qui ne veulent rien apprendre?

L'action toute-puissante de l'harmonie pour exalter l'âme et la rendre maîtresse des sens, était bien connue des anciens sages, mais ce qu'ils employaient pour calmer, les enchanteurs en firent usage pour exalter et pour enivrer. Les sorcières de Thessalie et celles de Rome étaient convaincues de ceci: que la lune était arrachée du ciel par les vers barbares qu'elles récitaient et venait tomber sur la terre toute pâle et toute sanglante. La monotonie de leur récitation, les passes de leurs baguettes magiques, leurs tournoiements autour des cercles les magnétisaient, les exaltaient, les amenaient progressivement jusqu'à la fureur, jusqu'à l'extase, jusqu'à la catalepsie. Elles rêvaient alors tout éveillées et voyaient les tombeaux s'ouvrir, l'air se charger de nuées de démons et la lune tomber du ciel.