Jésus a dit: «Le diable est menteur ainsi que son père.»
Qu'est-ce que le père du diable?
C'est celui qui lui donne une existence personnelle en vivant d'après ses inspirations; l'homme qui se fait diable est le père du mauvais esprit incarné.
Mais il est une conception téméraire, impie, monstrueuse.
Une conception traditionnelle comme l'orgueil des pharisiens.
Une création hybride qui a donné une apparente raison contre les magnificences du christianisme à la mesquine philosophie du XVIIIe siècle.
C'est le faux Lucifer de la légende hétérodoxe; c'est cet ange assez fier pour se croire Dieu, assez courageux pour acheter l'indépendance au prix d'une éternité de supplices, assez beau pour avoir pu s'adorer en pleine lumière divine; assez fort pour régner encore dans les ténèbres et la douleur, et pour se faire un trône de son inextinguible bûcher, c'est le Satan du républicain et de l'hérétique Millon, c'est ce prétendu héros des éternités ténébreuses calomnié de laideur, affublé de cornes et de griffes qui conviendraient plutôt à son tourmenteur implacable.
C'est ce diable roi du mal, comme si le mal était un royaume!
Ce diable plus intelligent que les hommes de génie qui craignaient ses déceptions.
Cette lumière noire, ces ténèbres qui voient. Ce pouvoir que Dieu n'a pas voulu, et qu'une créature déchue n'a pu créer.