La goétie ou fausse magie, connue de nos jours sous le nom de sorcellerie, ne saurait être une science; c'est l'empirisme de la fatalité. Toute passion excessive produit une force factice dont la volonté ne saurait être maîtresse, mais qui obéit au despotisme de la passion. C'est pour cela qu'Albert le Grand disait: «Ne maudissez personne lorsque vous êtes en colère.» C'est l'histoire de la malédiction d'Hippolyte par Thésée. La passion excessive est une véritable folie. Or la folie est une ivresse ou congestion de lumière astrale. C'est pour cela que la folie est contagieuse, et que les passions en général portent avec elles un véritable maléfice. Les femmes, plus facilement entraînées par l'ivresse passionnée, sont en général meilleures sorcières que les hommes ne peuvent être sorciers. Le mot sorcier désigne assez les victimes du sort et pour ainsi dire les champignons vénéneux de la fatalité.

Les sorcières chez les Grecs, et spécialement en Thessalie, pratiquaient d'horribles enseignements et s'abandonnaient à d'abominables rites. C'étaient en général des femmes perdues de désirs qu'elles ne pouvaient plus satisfaire, des courtisanes devenues vieilles, des monstres d'immoralité et de laideur. Jalouses de l'amour et de la vie, ces misérables femmes n'avaient d'amants que dans les tombes, ou plutôt elles violaient les sépultures pour dévorer d'affreuses caresses la chair glacée des jeunes hommes. Elles volaient les enfants dont elles étouffaient les cris en les pressant contre leurs mamelles pendantes. On les appelait des lamies, des stryges, des empuses; les enfants, ces objets de leur envie et par conséquent de leur haine, étaient sacrifiés par elles; les unes, comme la Canidie dont parle Horace, les enterraient jusqu'à la tête, et les laissaient mourir de faim, en les entourant d'aliments auxquels ils ne pouvaient atteindre; les autres leur coupaient la tête, les pieds et les mains, et faisaient réduire leur graisse et leur chair dans des bassins de cuivre, jusqu'à la consistance d'un onguent qu'elles mêlaient aux sucs de la jusquiame, de la belladone et des pavots noirs. Elles emplissaient de cet onguent l'organe sans cesse irrité par leurs détestables désirs; elles s'en frottaient les tempes et les aisselles, puis elles tombaient dans une léthargie pleine de rêves effrénés et luxurieux. Il faut bien oser le dire: voilà les origines et les traditions de la magie noire; voilà les secrets qui se perpétuèrent jusque dans notre moyen âge; voilà, enfin, quelles victimes prétendues innocentes l'exécration publique, bien plus que la sentence des inquisiteurs, condamnait à mourir dans les flammes. C'est en Espagne, et en Italie surtout, que pullulait encore la race des stryges, des lamies et des empuses; et ceux qui en doutent peuvent consulter les plus savants criminalistes de ces pays, résumés par François Torreblanca, avocat royal à la chancellerie de Grenade, dans son Epitome delictorum.

Médée et Circé sont les deux types de la magie malfaisante chez les Grecs. Circé est la femme vicieuse qui fascine et dégrade ses amants; Médée est l'empoisonneuse hardie qui ose tout, et qui fait servir la nature même à ses crimes. Il est, en effet, des êtres qui charment comme Circé, et près desquels on s'avilit; il est des femmes dont l'amour dégrade les âmes; elles ne savent inspirer que des passions brutales; elles vous énervent, puis elles vous méprisent. Ces femmes, il faut comme Ulysse, les faire obéir et les subjuguer par la crainte, puis savoir les quitter sans regret. Ce sont des monstres de beauté; elles sont sans coeur; la vanité seule les fait vivre. L'antiquité les représentait encore sous la figure des sirènes.

Quant à Médée, c'est la créature perverse, qui veut le mal et qui l'opère. Celle-ci est capable d'aimer et n'obéit pas à la crainte, mais son amour est plus redoutable encore que la haine. Elle est mauvaise mère et tueuse de petits enfants. Elle aime la nuit et va cueillir au clair de la lune des herbes malfaisantes pour on composer des poisons. Elle magnétise l'air, elle porte malheur à la terre, elle infecte l'eau, elle empoisonne le feu. Les reptiles lui prêtent leur bave: elle murmure d'affreuses paroles; des traces de sang la suivent, des membres découpés tombent de ses mains. Ses conseils rendent fou, ses caresses font horreur.

Voilà la femme qui a voulu se mettre au-dessus des devoirs de son sexe, en s'initiant elle-même à des sciences défendues. Les hommes se détournent et les enfants se cachent quand elle passe. Elle est sans raison et sans amour, et les déceptions de la nature révoltée contre elle sont le supplice toujours renaissant de son orgueil.

CHAPITRE VI.

MAGIE MATHÉMATICIENNE DE PYTHAGORE.

SOMMAIRE.--Les Vers dorés et les symboles de ce maître.--Les mystères cachés dans la vie et les instincts des animaux.--Loi d'assimilation.--Secret des métamorphoses, ou comment on peut se changer en loup.--Éternité de la vie dans la continuité de la mémoire.--Le fleuve d'oubli.

Numa, dont nous avons indiqué les connaissances magiques, avait eu pour initiateur un certain Tarchon, disciple d'un Chaldéen nommé Tagès. La science alors avait ses apôtres, qui parcouraient le monde pour y semer des prêtres et des rois. Souvent même la persécution aidait à l'accomplissement des desseins de la Providence, et c'est ainsi que vers la soixante-deuxième olympiade, quatre générations après le règne de Numa, Pythagore, de Samos, vint en Italie pour échapper à la tyrannie de Polycrate.

Le grand vulgarisateur de la philosophie des nombres avait alors parcouru tous les sanctuaires du monde; il était venu en Judée, où il s'était fait circoncire pour être admis aux secrets de la kabbale, que lui communiquèrent, non sans une certaine réserve, les prophètes Ézéchiel et Daniel. Puis, il s'était fait admettre, non sans peine, à l'initiation égyptienne, sur la recommandation du roi Amasis. La puissance de son génie suppléa aux communications imparfaites des hiérophantes, et il devint lui-même un maître et un révélateur.