—Madame, dit Guilain, voici monsieur mon maître et mon curé. C'est à lui de vous répondre.

—Point du tout, se récria Rabelais; la confession est un mystère, et si vous vous confessez, c'est vous seul qui avez le droit de le dire. La théologie ne nous enseigne-t-elle pas que, nonobstant le commandement de l'Église, la confession n'est obligatoire que pour ceux qui se sentent chargés de quelque péché mortel? Irai-je donc, moi, ensevelisseur de vos secrets, les déterrer et déclarer à qui ne le sait pas, que vous avez peut-être péché mortellement? Cela est entre Dieu et vous, et vous seul pouvez, si bon vous semble, en instruire madame la duchesse.

—Alors, dit Guilain, à cette question tant délicate, je demande la permission de répondre avec accompagnement de violon.

—Oh! vous êtes charmant, dit la duchesse, et vous prévenez mon désir.
Je brûlais de vous entendre faire parler votre merveilleux instrument.

Elle sonna; un de ses gens parut.

—Qu'on aille chercher au presbytère le violon de Guilain, dit-elle.

Le violon apporté, Guilain, improvisant musique et paroles, chanta la chanson que voici:

LA CONFESSION DE GUILAIN

A Rabelais, oui, je vais à confesse;
A Rabelais, qui sut me convertir,
Je vais conter mes erreurs de jeunesse,
Dont le regret ressemble au repentir.
Lorsque pour moi l'horizon devient sombre,
J'aime à pleurer les rêves d'un beau jour,
De mes péchés j'aime à savoir le nombre:
La pénitence est encor de l'amour. (Bis)

En m'accusant d'une tendre folie,
Je vois souvent rougir le bon pasteur;
Il dit tout bas: Était-elle jolie?
Bonne raison d'excuser le pécheur!
Je lui réponds: Je la trouvais si belle,
Que j'abjurais la vertu sans retour.
—Ah! dit le prêtre! il faut prier pour elle,
La pénitence est encor de l'amour. (Bis)