[Note 139: ][ (retour) ] Voies de communication d'Italie:
Canaux et rivières navigables (1874) 2,990 kilomètres.
Grandes routes nationales et provinciales, etc. 130,000 »
Chemins de fer (1875) 7,850 »
Recettes des chemins de fer (1874) 140,000,000 francs.
VÉRONE
Dessin de Taylor, d'après une photographie de M. Hantecœur.]
L'ensemble des échanges de l'Italie avec le reste du monde s'élève par terre et par mer, y compris le mouvement de transit, à un total moyen un peu inférieur à trois milliards de francs, soit à plus de 100 francs par tête [140]. Le progrès commercial est très-grand, puisque en douze années le mouvement des échanges a doublé; mais, en proportion des autres nations européennes, il reste encore beaucoup à faire; pour son activité commerciale l'Italie n'est pas seulement dépassée par l'Angleterre, la France, l'Allemagne, l'Austro-Hongrie et la Russie, elle est également l'inférieure de contrées d'une faible étendue, telles que la Belgique et la Hollande. Plus du quart du commerce de l'Italie se fait avec la France, et près d'une moitié avec l'Angleterre, l'Austro-Hongrie et la Suisse; le quart restant se répartit d'une manière fort inégale entre les divers pays du monde. Ainsi, tandis que les rapports commerciaux de l'Italie avec l'Espagne sont presque insignifiants, ils sont assez actifs et croissent rapidement avec la Turquie et les anciens États barbaresques; récemment encore les navires italiens ne se hasardaient au delà du seuil de Gibraltar que pour cingler vers l'estuaire de la Plata, mais ils savent maintenant prendre le chemin des États-Unis et même remplacer les bâtiments américains dans le commerce international; des naturalistes et des commerçants envoyés par la ville de Gênes explorent maintenant la Nouvelle-Guinée, les Moluques et les archipels voisins pour y découvrir de nouveaux débouchés de trafic. La lecture des tableaux statistiques de la Péninsule prouve que chaque année se réalisent de très-grands progrès dans les relations commerciales de l'Italie avec les terres lointaines.
[Note 140: ][ (retour) ] Commerce extérieur de l'Italie:
Importation. Exportation. Total.
1862 830,029,350 fr. 577,468,350 fr. 1,407,497,700 fr.
1872 1,186,600,000 » 1,167,200,000 » 2,353,800,000 »
1873 1,286,700,000 » 1,133,100,000 » 2,419,800,000 »
(avec transit). 1,469,956,000 » 1,307,714,000 » 2,777,670,000 »
Articles de commerce les plus importants, en 1872:
Importation. Exportation.
1° Soie brute 49,760,000 fr. 406,686,000 fr.
» manufacturée 127,813,000 » 24,774,000 »
2° Mercerie, quincaillerie 90,415,000 » 117,793,000 »
3° Denrées coloniales; sucs
végétaux, etc. 146,481,000 » 58,410,000 »
4° Céréales, farines et pâtes 123,392,000 » 74,189,000 »
5° Coton brut et manufacturé 157,591,000 » 20,172,000 »
6° Pierres, terres, charbons 58,018,000 » 43,207,000 »
Ordre d'importance des différentes contrées dans le commerce italien, en 1871:
Importation. Exportation.
1° France et Algérie 201,868,000 fr. 402,309,000 fr.
2° Angleterre 282,865,000 » 142,654,000 »
3° Austro-Hongrie 172,574,000 » 198,371,000 »
4° Suisse 52,009,000 » 156,931,000 »
5° États-Unis 50,745,000 » 31,855,000 »
6° Turquie 49,478,000 » 10,979,000 »
_______________ _________________
Commerce total 963,698,000 fr. 1,085,460,000 fr.
Le fléau de l'Italie est la misère sous laquelle des millions de ses cultivateurs sont accablés, même dans les campagnes les plus fécondes, comme celles de la Lombardie et de la Basilicate maritime. Privés de terres qui leur appartiennent, incertains du salaire qui viendra, ces paysans vivent en d'affreux taudis où l'air même n'arrive que souillé. En tenant compte de ce que père, mère et enfants peuvent gagner dans les saisons les plus favorables, il se trouve que ce gain ne suffit même pas à fournir le pain nécessaire à toute la famille; aussi le repas consiste-t-il en châtaignes, en polentas de maïs, en pâtes de farines avariées; rien ne reste du salaire pour le vêtement, pour l'ameublement ou l'ornement de la cabane, pour l'achat de remèdes, trop souvent nécessaires! Le rachitisme et toutes les maladies causées par l'insuffisance de nourriture sont très-communes, et la mortalité des enfants est considérable. L'émigration, qui enlève à la Péninsule un si grand nombre de ses fils pour les envoyer à la Plata, au Pérou, aux États-Unis, en France, en Suisse, en Algérie et à Tunis, en Turquie et en Égypte, est donc un double bienfait. Elle fournit du pain à ceux qui partent et par les lettres et les envois d'argent relève les espérances de ceux qui restent. On dit que sur le demi-million d'Italiens qui se trouvent à l'étranger, une centaine de mille s'occupent d'art sous une forme ou sous une autre, soit comme musiciens, peintres et sculpteurs, soit comme chanteurs des rues et porteurs d'orgues de Barbarie.
L'ignorance, compagne ordinaire de la misère, est encore fort grande dans presque toutes les provinces de la Péninsule. On ne peut mesurer, il est vrai, l'état relatif de l'éducation dans les différents pays que par le nombre des écoles et de ceux qui savent lire et écrire, et si l'on s'arrête à cette indication superficielle, on risque fort de se tromper, car, grâce aux avantages d'une longue civilisation transmise par l'hérédité, les cultivateurs toscans et napolitains auxquels tout grimoire alphabétique est inconnu n'en ont pas moins beaucoup plus d'esprit et de savoir-vivre que des paysans du Nord relativement instruits. Toutefois c'est un grand malheur pour l'Italie que l'ignorance des rudiments mette une part si considérable de sa population en dehors de toute lutte pour le progrès intellectuel. Encore moins de la moitié des hommes faits ont sondé les mystères de l'alphabet; les trois quarts des femmes sont classées parmi les analfabeti, et bien que, d'après la loi, toute commune doive être pourvue d'une école, il en est encore plusieurs milliers qui n'ont pas reçu la visite de l'instituteur [141]. Au lieu de la proportion normale de 1 habitant sur 6 ou 7 suivant les cours de l'école, la proportion des élèves n'est que de 1 sur 15. Une seule province, le Piémont, présente un nombre d'alfabeti supérieur à celui des ignares et c'est précisément la partie de l'Italie qui, de gré, de ruse ou de force, a fini par s'annexer les autres. Et tandis que les écoles tardent à s'ouvrir en Italie, les vieilles mœurs de violence et de meurtre se maintiennent encore. En 1874, le ministre de l'intérieur Cantelli évaluait le nombre moyen des homicides à 3,000 par an, à 4,000 celui des vols à main armée, à 30,000 celui des luttes avec blessures. Plus de 150,000 Italiens sont ammoniti, c'est-à-dire soumis ou condamnables au domicile forcé.