[Note 141: ][ (retour) ] État de l'instruction publique en Italie:

Écoles primaires, en 1873 43,380 fréq. par 1,659,107 enfants.
Écoles d'adultes, en 1869 4,619 » 153,235 personnes.
Écoles secondaires, lycées
et gymnases, etc. 512 » 25,408 »
Universités 20 » 8,510 »
Nombre des conscrits analfabeti, 1872 56,7 sur 100.
» fiancés » 1868 59 hommes, 78 femmes sur 100.
Communes dépourvues d'écoles, 1870 6,401
Instituteurs dépourvus de diplômes,
1870 8,440

Une des causes principales d'arrêt ou de retard de développement pour le peuple italien est le désarroi constant des finances d'État et le lourd fardeau d'impôts vexatoires qui en est la conséquence. Il est vrai que, proportionnellement à la France, toute dette nationale peut sembler légère: celle de l'Italie dépasse dix milliards, ce qui est déjà une somme prodigieuse, d'autant plus qu'elle s'est accumulée pendant la durée de moins d'une génération; en outre, elle s'augmente régulièrement chaque année d'un déficit variant de 120 à 500 millions de francs. Les recettes s'accroissent, mais les dépenses augmentent dans la même proportion et par suite l'écart devient de plus en plus inquiétant. L'aggravation des tarifs douaniers, les impôts sur la consommation, la loterie, la vente des biens d'église ne comblent point le déficit. Les 600 millions que l'on propose d'obtenir en capitalisant les propriétés appartenant aux écoles et aux hôpitaux, ne seraient qu'un expédient temporaire: l'entretien d'une armée considérable, que le gouvernement ne parvient pourtant pas à organiser d'une manière efficace, le manque de suite dans les entreprises, des prodigalités injustifiables, des actes nombreux d'improbité dans l'administration ne permettent pas au système financier de l'Italie de reprendre son équilibre. Le crédit national est fortement ébranlé, et le papier-monnaie, qui circule à cours forcé depuis 1866, n'a jamais été accepté qu'à perte.

La situation besoigneuse de l'Italie la met forcément, beaucoup plus qu'elle ne voudrait se l'avouer, sous la dépendance de l'étranger. Pour ménager et consolider son crédit, pour assurer les emprunts et le service de la dette, il lui faut nouer avec les capitalistes d'Europe des négociations qui ne sont pas toujours d'ordre purement financier [142]. En outre, l'état défectueux des forces militaires et navales oblige le gouvernement italien à s'appuyer, suivant les circonstances, sur l'une ou l'autre puissance européenne. Quoi qu'en dise un mot fameux, l'Italie n'a point «fait par elle-même»; c'est à d'habiles alliances qu'elle a dû de se constituer politiquement, et c'est encore en dehors de ses frontières qu'elle doit chercher un point d'appui. Jusqu'à maintenant elle n'a jamais marché dans une fière indépendance.

[Note 142: ][ (retour) ]

Dépenses du
trésor italien en 1861 605,173,000 fr. 1875 1,542,600,000 fr.
Recettes » » 458,322,000 » » 1,309,600,000 »
_______________ _________________
Déficit » » 146,851,000 fr. » 233,000,000 fr.
Total de la dette » 2,500,000,000 » » 10,060,000,000 »
Billets à cours forcé » 1,484,400,000 »

L'unité de l'Italie n'est même pas tout à fait complète. Le pape, qui put jadis se qualifier de «soleil parmi les lunes terrestres, empereurs et rois», a perdu tout pouvoir politique dans ses anciens États. Ce n'est plus en souverain, mais en hôte, qu'il réside encore au Vatican, et l'argent que lui offre le gouvernement italien, et que d'ailleurs il n'a cessé de refuser, n'est pas un tribut, mais une gracieuseté. Néanmoins le pape, quoique désarmé, n'est pas sans pouvoir et sa seule présence est un obstacle considérable au solide établissement de l'État d'Italie. La destitution temporelle du souverain pontife n'a point été acceptée par l'immense majorité des croyants catholiques; ceux de la Péninsule, aussi bien que ceux de toute l'Europe et du monde, protestent et ne laissent passer aucune occasion de s'attaquer au nouvel ordre de choses. L'Europe politique se trouve ainsi beaucoup trop directement intéressée aux affaires intérieures de l'Italie pour qu'elle ne soit pas tentée souvent d'intervenir: il y a là un grand danger que toutes les habiletés diplomatiques ne parviendront peut-être pas à conjurer. Ce coin de terre, ce palais, ce jardin qui restent à leur maître sont comparés par les zélateurs de la papauté au point fixe que cherchait Archimède, et suffisent, disent-ils, pour appuyer le levier qui soulèvera le Monde. Quoi qu'il en soit, il y aura lutte, et ce n'est pas dans la Péninsule seulement qu'auront lieu les péripéties du conflit.

On ne saurait douter que l'Italie ne sorte tôt ou tard de cette fausse position qui fait de sa capitale le chef-lieu d'un État indépendant, et en même temps le siége d'un gouvernement théocratique auquel obéissent tous les catholiques du monde. Cette contradiction est destinée à disparaître d'autant plus tôt que, parmi les grandes agglomérations européennes, l'Italie est précisément une de celles qui, par la force même des choses, garderont le plus longtemps leur individualité nationale. Tard venus dans l'assemblée des peuples centralisés, les Italiens tiennent d'autant plus à leur patrie qu'ils l'ont fondée depuis un temps plus court: elle est pour eux une conquête dont ils ne voudront pas se dessaisir, surtout tant qu'elle restera inachevée et que plusieurs terres italiennes manqueront au groupe des provinces unies. La précision singulière avec laquelle sont dessinés les contours géographiques de la Péninsule aidera d'ailleurs les Italiens à garder leur sentiment national dans son intensité. Le mur des Alpes restera devant leurs yeux comme un symbole, longtemps après que les routes et les chemins de fer en auront escaladé ou sous-franchi tous les cols importants. Mais, par cela même que la nationalité italienne est nettement limitée et qu'elle a toute chance de se maintenir avec plus de persistance que d'autres à frontières moins précises, elle a moins de force d'expansion. Si l'on excepte le mouvement d'émigration vers les contrées de la Plata, le rôle de l'Italie reste essentiellement méditerranéen: il s'exerce à peine sur le versant extérieur des Alpes, moins encore en dehors des portes de Suez et de Gibraltar. A Tunis, en Égypte, la langue italienne, représentée par ses divers patois, peut acquérir une certaine prépondérance, mais, dans le reste du monde, elle a peu de chances de pouvoir lutter avec l'anglais, le français, l'espagnol, l'allemand et le russe. Le beau parler de Dante n'est certainement point celui qu'emploieront les peuples comme langage universel.

X

GOUVERNEMENT ET ADMINISTRATION.

D'après le Statut fondamental du royaume, promulgué au mois de mars 1848, l'Italie est une monarchie héréditaire et représentative. Appliquée d'abord aux seuls États du roi de Sardaigne, la charte constitutionnelle a été graduellement étendue, après chaque nouvel agrandissement du royaume, à la Lombardie, à la Toscane, à l'Émilie et aux Marches, au Napolitain et à la Sicile, à la Vénétie, puis à Rome et à sa province.

Le Statut, comme la plupart des documents de même nature, garantit à tous les «régnicoles» l'égalité devant la loi, la liberté individuelle, l'inviolabilité du domicile. La presse est libre, «mais une loi en réprime les abus.» Le droit de réunion est reconnu, mais non quand il s'agit «d'assemblées tenues dans un lieu ouvert au public;» tous les citoyens jouissent également des droits civils et politiques et sont admissibles à toutes les fonctions civiles et militaires, «sauf les exceptions déterminées par les lois».