Le roi est seul chargé du pouvoir exécutif, mais toutes les lois, tous les actes du gouvernement doivent être revêtus de la signature d'un ministre. Le roi, chef suprême de l'État, commande les forces de terre et de mer, déclare la guerre, conclut les traités de paix, d'alliance et de commerce, à la seule condition d'en rendre compte aux Chambres «quand l'intérêt et la sûreté de l'État le permettront;» cependant les traités qui impliquent un accroissement de charges financières ou des changements de territoire n'ont de force qu'après avoir obtenu l'assentiment des Chambres. Le roi nomme à toutes les charges de l'État, désigne les sénateurs du royaume, dissout la Chambre des députés, fait exercer la justice en son nom, possède le droit de grâce et de commutation des peines. Il a l'usage de tous les biens de la Couronne et peut disposer de son patrimoine privé, soit par acte entre vifs, soit par testament, sans s'astreindre aux règles des lois civiles, qui limitent les quotités disponibles. Le traitement que la nation fait au roi et les apanages des princes de la famille royale dépassent vingt millions de francs par budget annuel.

Le nombre des sénateurs n'est pas limité. Le roi les choisit parmi les dignitaires religieux, civils et militaires, les fonctionnaires de tout ordre, les personnes riches qui payent à l'État plus de 3,000 francs d'impôt et tous ceux qu'il juge avoir illustré la patrie par des services ou des mérites éminents. Pour briguer une place au Sénat, il faut avoir au moins quarante ans d'âge. Les candidats à la députation doivent avoir accompli l'âge de trente ans; ils sont élus pour un espace de cinq années, mais leur mandat cesse de plein droit si la Chambre est dissoute avant l'expiration de cette période. Pas plus que les sénateurs, ils ne reçoivent d'indemnité: c'est en partie ce qui explique le peu de zèle dont la plupart des sénateurs et des représentants sont animés pour l'accomplissement de leur mandat; il en est même qui ne se sont jamais donné la peine de siéger. Les décisions n'étant valables qu'après avoir été votées dans une assemblée composée de la moitié des membres plus un, des semaines entières se passent quelquefois sans qu'on puisse arriver au vote final des questions importantes; quant aux lois secondaires, elles sont pour la plupart, au mépris du Statut, votées par une simple minorité.

Les citoyens ne sont pas tous électeurs politiques: on en compte seulement 400,000, divisés en 508 colléges électoraux. Ils doivent avoir au moins vingt-cinq ans d'âge, savoir lire et écrire, et payer, en outre, un impôt de 40 francs au moins. Tous les membres des académies, les professeurs d'universités et de colléges, les fonctionnaires et les membres des ordres équestres, tous ceux qui exercent des professions libérales, tous les négociants établis et munis d'une certaine patente, tous les rentiers de l'État recevant plus de 600 francs sont aussi électeurs de droit. En général les électeurs politiques de l'Italie ne donnent guère de preuves de leur empressement à courir au scrutin. En moyenne, le nombre des votants est inférieur à 40 pour 100 des inscrits.

Au point de vue administratif, chaque province de l'Italie est considérée comme une «personne morale», libre de posséder sans autorisation du gouvernement central et jouissant d'une certaine autonomie. Le conseil provincial se compose d'une vingtaine à une soixantaine de membres, nommés pour cinq ans par les électeurs municipaux et renouvelé par cinquième. Ce conseil siége d'ordinaire une seule fois par an et s'occupe presque uniquement des intérêts matériels du pays et de la fixation des impôts additionnels. Il délègue temporairement ses pouvoirs à une députation provinciale, qui le représente auprès du préfet et en contrôle les actes.

L'organisation du municipe ressemble fort à celui de la province. Le conseil, composé de 15 à 80 membres, est aussi directement élu pour cinq ans et renouvelable par cinquième. Les électeurs municipaux sont plus nombreux que les électeurs politiques; ils peuvent exercer leurs droits dès l'âge de vingt et un ans, mais ils doivent tous être censitaires et payer un impôt, qui varie de 5 à 25 francs, suivant l'importance des communes; aux électeurs par droit de cens s'ajoutent les électeurs par droit de «capacité»: les professeurs, les employés, les militaires décorés, tous les Italiens qui exercent une profession libérale. Le conseil municipal se réunit deux fois par an en session ordinaire et procède au règlement des comptes, à la fixation du budget, à l'examen de la fortune communale; ses séances sont publiques, lorsque la majorité en fait la demande. Le conseil choisit lui-même une junte (giunta) municipale, renouvelable par moitié tous les ans et composée de 2 à 12 propriétaires, suivant l'importance de la commune; elle est chargée de gérer les affaires courantes et de représenter le conseil auprès du maire ou sindaco. Celui-ci est, comme le préfet de la province, nommé par le gouvernement, mais il doit toujours être choisi dans le sein du conseil municipal.

Les grandes divisions territoriales de l'Italie, Piémont, Lombardie, Vénétie, Émilie, Ligurie, Toscane, Marches, Ombrie et Rome, Naples, la Sicile, la Sardaigne, se partagent en 69 provinces; celles-ci se distribuent à leur tour en 284 arrondissements ou circonscriptions (circondarii), appelés districts (distretti) en Vénétie et dans le Mantouan. Les arrondissements sont subdivisés en 1,779 mandements (mandamenti), qui sont des divisions purement judiciaires, et en 8,360 communes, ayant en moyenne une superficie double et une population triple de celles des communes françaises. Dans chaque province le pouvoir central est représenté par un préfet et par son conseil de préfecture; le sous-préfet agit avec des attributions analogues dans les arrondissements; enfin le sindaco, qui est censé le représentant de ses concitoyens auprès du gouvernement, est en même temps le délégué du pouvoir dans la commune. C'est à peu de chose près le système d'administration qui a presque toujours prévalu dans la France moderne.

La hiérarchie des tribunaux a été réglée en 1865, de même que l'organisation des provinces et des communes. Le premier degré est celui de la judicature de paix. Chaque commune a au moins un «conciliateur», nommé pour trois ans par le gouvernement sur la présentation du conseil municipal. Le préteur rend la justice dans les chefs-lieux de «mandement»: c'est le juge de première instance; il est assisté par un ou plusieurs vice-préteurs, dont les fonctions peuvent se confondre avec celles du juge de paix. Au-dessus du préteur siégent les magistrats des 151 tribunaux civils et de correction, puis viennent les juges des 23 cours d'appel et ceux des 4 cours de cassation, Florence, Naples, Palerme et Turin, qui prononcent en dernier ressort. Le royaume est divisé en 86 districts de cours d'assises et en 25 districts de tribunaux de commerce, également subordonnés à la juridiction des cours d'appel et des cours de cassation. Sauf quelques détails, le Code italien est imité du Code français: l'esprit en est le même.

Pour l'armée, on cherche plutôt à se rapprocher du modèle prussien. A moins de rachat du service et de remplacement, tout Italien âgé de 21 ans est tenu au service militaire et ne peut occuper aucun emploi tant qu'il n'a pas satisfait à la conscription ou qu'il n'a pas été l'objet d'exemptions légales. Le contingent se divise en deux catégories, celle de l'armée permanente et celle de la réserve. La première catégorie se partage encore en service d'ordonnance et en service provincial. Le premier dure 8 années et s'exige des carabiniers ou gendarmes, des arquebusiers, des musiciens, des tireurs d'élite, des élèves des écoles militaires et des sous-officiers. Le service provincial est demandé à tous les autres conscrits de la première catégorie; il dure 11 ans, dont 5 sous les drapeaux et 6 en congé illimité. Quant aux hommes de la réserve, moins propres au service militaire, ils sont exercés pendant cinquante jours la première année de service, puis renvoyés en congé. A l'âge de 26 ans, ils sont considérés comme n'appartenant plus à l'armée. Sur le pied de paix, l'ensemble des forces est évalué à 180,000 hommes; sur le pied de guerre, il s'élève à 570,000 combattants; mais ces chiffres ne sont vrais que pour le budget: la réalité leur est très-inférieure. Quant à la garde nationale, comprenant officiellement tous les hommes valides de 21 à 55 ans, c'est-à-dire plus de 2 millions d'hommes, c'est un corps beaucoup plus fictif que réel; l'élite de la garde nationale constitue la garde mobile et peut être, en cas de péril public, convoquée pour un service militaire de vingt jours; elle comprend environ 150,000 hommes. Après Vérone, le grand boulevard de la vallée du Pô, les principales forteresses de l'Italie du Nord sont Mantoue, Peschiera, Legnago, qui font partie, avec tous leurs forts avancés et leurs têtes de pont, du «quadrilatère», devenu si célèbre pendant la période de la domination autrichienne. Venise, que complète sur le continent le fort de Malghera, est aussi une ville très-forte, qui se défendit héroïquement contre les Autrichiens en 1849. Palma, ou Palmanova, garde la frontière entre le golfe de Trieste et le rempart des Alpes Juliennes. Rocca d'Anfo, isolée sur sa montagne, au nord du lac de Garde, domine à la fois les défilés de l'Adige et ceux de la Chiese. Pizzighettone, sur l'Adda, n'a plus une grande importance stratégique depuis que le quadrilatère appartient à l'Italie; mais Alexandrie, au confluent du Tanaro et de la Bormida, est toujours le point stratégique par excellence du Piémont et l'une des places d'armes les plus considérables de l'Europe. Casale, sur le Pô, est sa forteresse avancée, et Gênes, sur la Méditerranée, défend avec elle les passages des Apennins. Plaisance et Ferrare commandent toutes les deux la traversée du Pô à une partie fort importante de son cours. Les autres places fortes du royaume sont: Ancône, dans l'Italie moyenne; Porto Ferrajo, dans l'île d'Elbe; Gaëte, Capoue, Tarente, dans l'Italie méridionale; Messine, en Sicile.

La flotte de guerre, diminuée de 33 navires inserviables, qui viennent d'être vendus, se compose d'environ 50 navires à vapeur, portant 600 canons, et son personnel s'élève à près de 20,000 marins. La durée obligatoire du service est de 4 ans pendant la paix; le reste du temps se passe en congé jusqu'à la quarantième année, sauf en temps de guerre. Les remplaçants et ceux qui ont choisi la marine au lieu de l'armée de terre sont tenus à 8 années de bord. Les principales stations navales sont: la Spezia, Gênes, Naples, Castellamare di Stabbia, Venise, Ancône et Tarente.

D'après le premier article du Statut fondamental, la religion catholique, apostolique et romaine est la seule religion de l'État; les autres cultes ne sont que tolérés. L'antagonisme du pouvoir civil et de la papauté faciliterait d'ailleurs l'exercice de toute religion non conforme à celle de l'État si les Italiens se souciaient d'en changer; mais, sauf dans les vallées vaudoises et parmi les étrangers domiciliés dans les grandes villes, on peut dire qu'il n'y a point de protestants en Italie; les communautés juives sont aussi relativement peu nombreuses. La population dans son ensemble n'est composée que de catholiques nés, dont un grand nombre, il est vrai, s'est rangé parmi les ennemis de l'Église ou fait partie de l'immense troupeau des indifférents.