Comme résidence de la papauté, l'Italie occupe dans le monde une position toute spéciale. Rome est le siége de deux gouvernements, ceux du roi et du souverain pontife. Quoique dépourvu actuellement de tout pouvoir politique, le pape est, en principe, le plus absolu des monarques. Il n'est responsable de ses actes envers qui que ce soit: dès que ses collègues les cardinaux, réunis en conclave, l'ont élu comme successeur de saint Pierre et «vicaire de Jésus-Christ», il n'a ni parlement, ni conseil, ni assemblée de fidèles qu'il soit tenu de consulter; s'il demande l'avis du sacré collége quand il s'agit de prendre quelques décisions importantes, il le fait sans y être obligé autrement que par la coutume. Tout ce qu'il fait et ce qu'il pense est tenu pour divin; il possède seul au monde la vertu de l'infaillibilité; bien plus, il peut à son gré effacer les péchés d'autrui; c'est lui qui «lie et qui délie»; il a «les clefs dans les mains», c'est-à-dire qu'il ouvre les portes de l'enfer et celles du paradis; sa puissance sur les hommes s'étend par delà les bornes de la vie.

Les cardinaux sont les grands dignitaires de ce gouvernement des âmes. Italiens en grande majorité, mais pris aussi parmi les autres nations, ils sont désignés par le pape en un consistoire secret, mais ils ne sont pas toujours proclamés aussitôt après leur nomination. Leur nombre est limité à 70, depuis Sixte-Quint, en souvenir des anciens d'Israël et des disciples de Jésus; toutefois le collége est rarement au complet, car, choisis presque toujours parmi les prêtres âgés, la plupart des cardinaux ne jouissent que peu de temps de leur dignité. Ils se divisent en trois classes: les cardinaux-évêques, au nombre de 6, qui résident à Rome, les cardinaux-prêtres, formant la majorité du corps, à Rome et à l'étranger, puisqu'ils sont 50, enfin les 14 cardinaux-diacres. Le cardinal camerlingue, ainsi nommé parce qu'il préside à la chambre apostolique ou des finances, est celui qui doit remplacer provisoirement le pape, quand le siége est vacant; il prend alors possession du palais au nom de la chambre et reçoit en dépôt l'anneau du pêcheur, symbole de la puissance dévolue à saint Pierre et à ses successeurs; le cardinal doyen, le plus âgé des cardinaux-évêques, jouit aussi de plusieurs prérogatives. Dans les circonstances exceptionnelles, les cardinaux des trois classes, les archevêques, les évêques, les généraux d'ordre religieux, les abbés avec juridiction épiscopale peuvent être convoqués en concile œcuménique pour délibérer des intérêts de l'Église et trancher les questions touchant au dogme. Lors de la vacance du siége papal, le collége des cardinaux, réuni en conclave, nomme le nouveau pontife parmi les candidats âgés de plus de 55 ans; mais, pour l'élection définitive, le vote des deux tiers des voix ne suffit pas encore, il faut en outre l'assentiment des gouvernements de France, d'Autriche, d'Espagne et de Naples, devenu aujourd'hui celui d'Italie. Alors seulement le nouvel élu est proclamé et reçoit le pallium et la tiare.

Le pape est représenté comme souverain auprès de plusieurs puissances de l'Europe et du Nouveau Monde. En vertu de la formule de «l'Église libre dans l'État libre», si souvent répétée depuis Cavour, il est investi de tous les droits royaux, il convoque à son gré les chapitres et les conciles, nomme à toutes les charges ecclésiastiques, possède son propre télégraphe et sa poste, sa garde noble et sa garde suisse, jouit en toute propriété, sans payement d'impôt, des palais du Vatican et du Latéran, ainsi que de la villa de Castel-Gandolfo, au bord du lac d'Albano. Enfin le budget italien est grevé en sa faveur d'une dotation incommutable de plus de 3 millions de francs. Il a jusqu'à présent refusé cette liste civile, mais il reçoit une somme au moins deux fois plus considérable, le «denier de saint Pierre», que lui assure la piété des fidèles.

L'Italie est divisée religieusement en 47 archevêchés, subdivisés en 206 évêchés et prélatures indépendantes. La population ecclésiastique se compose d'environ 100,000 prêtres. En 1866, lorsque les couvents furent supprimés et que leurs biens furent attribués à l'État en échange de pensions, les moines et les religieuses étaient respectivement au nombre de 32,000 et de 44,000. L'armée cléricale comprenait donc près de 180,000 personnes, autant que l'armée militaire sur le pied de paix.

Le tableau suivant indique les divisions territoriales et les provinces de l'Italie, avec leur superficie et la population que leur donnait le recensement de 1871:

CHAPITRE IX

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