ENTRÉE DE LA BAIE DE PASAGES.
Dessin de J. Moynet, d'après une photographie de M. J. Laurent.

La gracieuse Fontarabie, l'Ondarrabia des Basques, aux maisons blasonnées, est également séparée de la mer par un seuil redouté des navigateurs; elle ne doit sa petite importance actuelle qu'à ses bains de mer et au voisinage de la France, qu'elle regarde du haut de sa terrasse et de ses murs éventrés par les obus. Irun serait aussi une ville insignifiante si elle n'était du côté de la France la tête de ligne des chemins de fer espagnols et la clef stratégique de toute la contrée. Tolosa, entourée de manufactures, se vante du titre de capitale du Guipúzcoa; Zarauz, Guetaria, à la racine de son île pittoresque changée en péninsule, Lequeytio ont leurs bains de mer; Zumaya, à l'issue de la vallée de l'Urola, a ses carrières de plâtre qui fournissent aux ingénieurs un incomparable ciment; Vergara, jadis renommée par ses manufactures d'armes, a les nombreuses sources ferrugineuses des environs, son collége célèbre fondé en 1776 par la Société basque, et le souvenir de la convention mémorable qui mit fin, en 1839, à la première guerre carliste. Durango est également une ville dont le nom a fréquemment retenti pendant les guerres civiles du nord de l'Espagne. Guernica, dans la Biscaye, a son palais «foral» et le fameux chêne sous lequel s'assemblent encore les législateurs de la contrée; mais, comme toutes les prétendues villes basques, Guernica n'est en réalité qu'une simple bourgade.

Sur le versant méridional des monts pyrénéens, les grandes agglomérations ne sont pas plus nombreuses, ce qui s'explique d'ailleurs par ce fait que la population est trois fois moins dense que sur le versant atlantique. Vitoria, capitale de l'Alava, située sur le chemin de fer de Paris à Madrid, est une ville industrielle et commerçante, un entrepôt d'échanges entre les provinces Basques et les Castilles. Pampelune ou Pamplona, dont le nom rappellerait encore celui de son reconstructeur Pompée, est surtout une ville forte, souvent assiégée, souvent prise; sa cathédrale est une des plus riches et des plus curieuses de l'Espagne. Tafalla, «la flor de Navarra» et l'ancienne capitale du royaume, a seulement les ruines de son palais, que son bâtisseur, don Cárlos le Noble, voulait, dit-on, réunir au palais d'Olite, situé également dans la vallée du Cidaco, par une galerie d'une lieue de longueur. Puente la Reina est célèbre par ses vins. Estella, l'une des villes les plus riantes de la Navarre, commande plusieurs défilés sur les chemins des Castilles et de l'Aragon, et possède par conséquent une sérieuse importance stratégique. Pendant la guerre actuelle, les carlistes l'ont transformée en une puissante forteresse. Dans la province limitrophe, dépendant de la Vieille Castille, Tudela, riche en vins, Calahorra et Logroño, dont le pont date du onzième siècle, sont également des places militaires de quelque valeur, parce qu'elles commandent les passages de l'Èbre. Calahorra, qui avait pris pour devise la fière parole: «J'ai prévalu sur Carthage et sur Rome,» fut le boulevard de défense de Sertorius contre Pompée; mais son héroïsme lui coûta cher. Assiégée par les Romains, elle perdit presque tous ses citoyens par la famine; les défenseurs de la ville eurent à se nourrir de la chair le leurs femmes et de leurs enfants. Quoique située en dehors des pays de langue euskarienne, dans les riches campagnes de la Rioja, Calahorra, la vieille Calagorri des Ibères, se rattache intimement à l'histoire des provinces Vascongades, car c'est d'après les anciennes lois de Calahorra qu'ont été rédigés les fors d'Alava, jurés en 1332 par le suzerain Alphonse le Justicier. Elle fut la patrie de Quintilien [194].

[Note 194: ][ (retour) ] Population approximative des principales villes des pays Basques, de la Navarre et de Logroño:

BISCAYE (VIZCAYA).
Bilbao 30,000 hab.
GUIPÚZCOA.
Saint-Sébastien 15,000 hab.
Tolosa 8,000 »
ALAVA.
Vitoria 12,500 hab.
NAVARRE.
Pampelune (Pamplona) 22,000 hab.
Estella 6,000 »
LOGROÑO
Logroño 12,000 hab.
Calahorra 7,000 »

VIII