bâtie à 25 kilomètres de là, dans une vallée dont l'eau se verse dans le Nalon. Comme toutes les autres villes asturiennes, cette capitale est sans grande importance commerciale. Elle a quelques manufactures actives une des dix universités d'Espagne, une belle cathédrale gothique, que l'on dit être la plus riche du monde entier en reliques et en objets divers «fabriqués par les anges et les apôtres». Cette église en a remplacé une plus ancienne, qui fut l'édifice autour duquel se sont groupées toutes les maisons de la cité. Oviedo, qu'abrite la montagne de Naranco contre les vents du nord, jouit de l'un des climats les plus salubres de l'Espagne: elle possède des eaux thermales efficaces. Les sites les plus charmants abondent dans les environs, soit qu'on se dirige à l'ouest vers les vallées si fertiles de Cangas de Tineo, soit qu'on aille du côté de l'est vers Cangas de Onis, le village fameux qui fut la première capitale du royaume de Pélage. Près de là, dans une vallée toute ruisselante de cascades et pleine de l'ombrage des châtaigniers, des hêtres et des chênes, les pèlerins visitent la caverne de Covadonga, où reposent les restes de Pélage; c'est le lieu le plus vénéré des patriotes espagnols.
Les ports occidentaux des Asturies, Cudillero, Luarca,--Navia, que ses habitants disent avoir été fondée par Cham, le fils de Noé,--Castropol au vieux nom grec, et sur la rive opposée du même estuaire, Ribadeo la Galicienne, ne sont guère que de petites bourgades de pêche; il faut aller jusqu'aux magnifiques rias de la côte tournée vers l'océan Atlantique pour rencontrer de véritables villes. La première est le Ferrol, cité de création moderne: au milieu du dix-huitième siècle, ce n'était qu'un petit village de caboteurs; mais on comprit alors quelle pouvait être l'importance militaire de sa baie pour la construction, l'approvisionnement et la bonne défense des flottes. On éleva des forts sur les hauteurs qui dominent la rade, on garnit de puissantes batteries les deux bords du goulet d'entrée qui se trouve à 6 kilomètres de la ville, et l'on bâtit toute une ville militaire sur un plan régulier, avec ses arsenaux, ses chantiers, ses magasins immenses. Suivant l'état des finances espagnoles et l'importance des forces navales, le Ferrol augmente ou diminue de population; tantôt c'est une ruche trop étroite pour la foule pressée de ses travailleurs, tantôt elle est presque déserte, et l'herbe croît dans ses rues.
PHARE DE LA TOUR D'HERCULE.
Dessin de A. Deroy, d'après une photographie de M. J. Laurent.
La population de la Corogne (Coruña) est beaucoup moins flottante que celle du Ferrol, car elle n'est pas exclusivement militaire, et le commerce, la pêche, même l'industrie manufacturière, occupent un grand nombre d'habitants. La double ville de la Corogne, s'étalant en amphithéâtre sur la pente de la colline, entre des hauteurs fortifiées et l'îlot qui porte la vieille tour, de fondation peut-être romaine, peut-être même phénicienne ou carthaginoise, dite tour d'Hercule, est l'une des cités les plus pittoresques du littoral océanique de l'Espagne; elle est aussi l'une de celles qui semblent destinées au plus grand avenir, à cause de son heureuse position à l'angle même de la Péninsule, sur l'un des axes principaux du commerce de l'Espagne, et précisément en face des États-Unis du Nord, qui ont une telle importance dans le mouvement général des échanges [200]; mais actuellement c'est avec l'Angleterre que la Corogne fait presque tout son commerce; des navires anglais, construits spécialement pour ce genre de transport, viennent y charger des bestiaux par dizaines de milliers. Le gouvernement espagnol possède à la Corogne l'une des plus grandes manufactures de tabac de la Péninsule. Ares et Betanzos, célèbre par ses boulangeries, donnent leur nom aux deux autres rias, ou baies secondaires du grand golfe d'où cingla jadis la grande Armada; ces villes ne sont en réalité que de simples rues, et ne peuvent se comparer à leurs deux voisines, le Ferrol et la Corogne. Les sources salines d'Arteijo et sulfureuses de Carballo, au sud-ouest de la Corogne, sont fort appréciées des baigneurs.
[Note 200: ][ (retour) ] Port de la Corogne:
Mouvement des échanges en 1867 19,325,000 fr.
Navires long-courriers entrés en 1873 353 (307 anglais.)
Les rias du sud de la Galice ont aussi chacune un ou plusieurs ports. Celle de Corcubion est abritée à l'ouest par la péninsule du cap Finisterre, contournée en forme de hameçon; l'estuaire de Noya baigne les petites villes de Noya et de Muros; celui d'Arosa sert de mouillage aux navires d'émigrants que les ports du Padron et de Carril, principaux débouchés de la ville de Santiago, envoient aux républiques de la Plata; la ria de Pontevedra fait monter son flux de marée dans la rivière de Vedra jusqu'à la ville dont elle porte le nom; enfin, plus au sud, Vigo et Bayona s'élèvent sur la rive méridionale d'un autre grand estuaire, admirable et profonde baie, défendue du côté du large par des îles que les anciens appelaient les Iles des Dieux. Si la côte de Galice n'était déjà si riche en ports excellents, la baie de Vigo serait un grand rendez-vous de commerce; mais sur ce littoral un bon mouillage n'a rien d'exceptionnel, et Vigo, malgré tous ses avantages nautiques, n'est qu'un petit port de cabotage et de pêche. Vigo est bien moins connu par son faible commerce et sa mesquine industrie que par les trésors engloutis dans ses eaux, lorsque des corsaires anglais et hollandais vinrent, en 1702, y couler des galions chargés de l'or du Pérou. Des compagnies de sauveteurs, munis de tous les engins de l'industrie moderne, ont vainement tenté de repêcher toutes ces richesses perdues.
Trois des villes notables de l'intérieur de la Galice s'élèvent sur les bords du Miño: Lugo, Orense, Tuy. La vieille Lugo romaine (Lucus Augusti), ceinte de ses murs du moyen âge, possède des sources thermales sulfureuses fort efficaces, et déjà mentionnées par les écrivains latins. Orense, au superbe pont peut-être romain, jeté sur le Miño, est également célèbre par ses fontaines d'eau chaude ou burgas, assez abondantes, dit-on, pour élever sensiblement la température moyenne de la plaine en hiver. On les emploie, non-seulement au traitement des maladies, mais aussi à tous les usages domestiques de la cité; d'après une étymologie, qui n'est ni justifiée ni contredite par l'histoire, le nom même d'Orense ne serait que l'appellation allemande de Warmsee (Lac bouillant), donnée par les Suèves, à l'époque de la migration des barbares. Tuy, postée sur la rive droite du fleuve, en face de Valença la Portugaise, n'offre d'intérêt que comme gardienne de la frontière.