L'ancienne capitale de la Galice entière, la fameuse Santiago, bâtie sur une colline, au pied de laquelle serpente la petite rivière de Saria, est restée la ville la plus populeuse du nord-ouest de l'Espagne. Le site, quoique charmant, n'a pourtant point d'avantage particulier qui semble fait pour attirer les habitants, mais là est ce «Champ des Étoiles,» ou Compostela (Campo Stelle), où l'on déterra, au commencement du neuvième siècle, le corps de l'apôtre saint Jacques, et qui fit accourir pendant le moyen âge des millions de pèlerins. On ne peut s'imaginer, maintenant que l'ancienne ferveur s'est éteinte, combien vive était la foi qui avait fait de Compostelle une autre Rome, et qui, de la France, des Pays-Bas, du fond de l'Allemagne et de la Pologne, entraînait les fidèles en immenses caravanes que la fatigue et les maladies décimaient en route; mais le voyage leur conférait une sorte de sainteté, semblable à celle qui s'attache aux hadji musulmans, et pendant le pèlerinage nulle poursuite pour cause de dettes ou de simple délit ne pouvait être exercée contre eux. Il fut un temps où la Voie lactée était considérée par la masse du peuple comme étant une sorte de reflet merveilleux du chemin de saint Jacques, suivi sur terre par les pèlerins. Aussi les offrandes, les richesses de toute espèce affluaient-elles au sanctuaire vénéré. Dans la chapelle des reliques, on ne voyait que statues d'or, ornements d'argent et de vermeil, broderies de diamants et de perles. Dans cette ville sainte, tout s'expliquait par des miracles. Non loin de Santiago, sur la route de Noya, s'élève l'église de los Angeles, que les anges ont eux-mêmes bâtie, comme ils ont transporté à travers les airs celle de Loreto. Elle repose sur une poutre d'or qui faisait partie de la charpente du ciel, et qui s'étend sous terre jusqu'au-dessous de la cathédrale de Compostelle [201].
[Note 201: ][ (retour) ] Villes diverses de la Cantabrie:
Santander 21,000 hab.
Asturie:
Oviedo 9,000 »
Gijon 6,000 »
Santiago 29,000 »
La Corogne (Coruña) 20,000 »
Le Ferrol (el Ferrol) 17,000 »
Lugo 8,000 »
Vigo 6,000 »
Orense 5,000 »
Pontevedra 4,200 »
IX
LE PRÉSENT ET L'AVENIR DE L'ESPAGNE.
Le désordre est grand dans l'Espagne contemporaine. Non-seulement tous les rouages politiques et financiers, et la machine sociale tout entière, sont disloqués; le désarroi existe surtout dans les esprits. Aux rivalités provinciales s'ajoutent les haines de classes; chaque ville, de même que chaque province et le royaume tout entier, est le théâtre d'une guerre active ou latente, qui, suivant les circonstances, tantôt s'assoupit et tantôt s'exaspère. Chose plus grave encore, l'indifférence s'empare de ceux que la passion a lassés, et prépare d'avance les populations à l'avidité, au vice, à la bassesse. Les ruines de toute espèce amoncelées sur le sol de l'Espagne, pendant les dernières années, par les incendies, la dévastation des champs, la cessation des industries, sont vraiment incalculables. Les gouvernements de divers partis qui se sont succédé en Espagne, ont tous vécu de misérables expédients: ils ont vainement essayé de déguiser la banqueroute sous des artifices de budget, les créanciers n'en ont pas moins été frustrés, et les employés pauvres n'en sont pas moins restés dans la vaine attente de leurs émoluments. En maints endroits, les instituteurs ont dû fermer les écoles, reprendre la charrue ou mendier sur les voies publiques; certains services de l'État ont été complétement interrompus; l'administration a cessé son fonctionnement régulier. Ce n'est pas sans raison que, dans un document officiel récent, le gouvernement de la République mexicaine, renvoyant à son ancienne métropole les termes de compassion dont celle-ci l'avait souvent insultée, a fait des voeux pour que «l'ère des révolutions puisse enfin se fermer dans la malheureuse Espagne!» Les Castillans ont été blessés de ces paroles de commisération, mais ils ne peuvent nier que plusieurs de leurs anciennes colonies du Nouveau Monde soient en train de les distancer par la prospérité matérielle et la civilisation.
Cependant les progrès n'en sont pas moins réels, malgré la ruine apparente. Pour juger avec équité l'Espagne de nos jours, il faut se rappeler qu'un siècle ne s'est pas encore écoulé depuis les meurtres juridiques de l'Inquisition. En 1780, une femme de Séville, «convaincue de sortilége et de maléfice,» fut condamnée à être brûlée vive, et subit son supplice. A la même époque, les possessions de main-morte occupaient encore la plus grande partie de l'Espagne et l'oisiveté générale empêchait d'exploiter le reste. L'ignorance était lamentable, surtout dans les universités et les écoles, où les formules régnaient sans conteste, au mépris de toute observation et du bon sens.
PAYSANS DE LA HUERTA ET CIGARRERA DE VALENCE.
Dessin de P. Fritel, d'après des photographies de M. J. Laurent.