Du côté de la mer, les deux villes soeurs de Porto et de Gaya se prolongent par des faubourgs dans la direction de l'embouchure, qu'elles atteindront peut-être un jour, si les ressources locales continuent de se développer, et si des voies nouvelles, communiquant avec l'intérieur de l'Espagne, apportent au marché du bas Douro de plus grands éléments de commerce. Malheureusement l'entrée du fleuve est trop peu profonde, et, quand souffle le vent du large, elle est fort périlleuse d'accès. A mer basse, le seuil n'a guère plus de 4 mètres de profondeur; en outre, il n'a qu'une faible largeur et les rochers voisins mettent en péril les embarcations qui le franchissent. Enfin, même dans le fleuve, les navires de quatre à cinq cents tonneaux qui vont s'amarrer aux quais de Porto et de Gaya ont aussi à craindre un danger, celui des crues; après les grandes pluies, quand le fleuve gonflé s'exhausse dans son lit trop étroit, il arrive souvent que les câbles se brisent et que les ancres chassent sur le fond. C'est donc en dépit de grands désavantages que le port du Douro rivalise d'activité avec celui du Tage [210].
[Note 210: ][ (retour) ] Commerce de Porto en 1868:
Importations.. 44,370,000 fr.
Exportations.. 41,308.000 fr.
Total......... 85,678,000 fr.
La petite ville de São João da Foz, dont la forteresse surveille l'embouchure du fleuve, porte sur sa colline un phare qui en signale les dangers; mais elle n'a point de commerce elle-même: comme ses voisines Mattozinhos et Leça, dont l'ancien couvent fortifié dresse encore son donjon tel qu'il était au douzième siècle, elle est surtout fréquentée à cause de la beauté de ses plages, de la pureté de ses brises marines, du voisinage des forêts de pins: en été, chaque train y amène en multitude les habitants de Porto. Ceux-ci se rendent aussi en grand nombre sur les sables d'Espinho, au sud du fleuve, malgré l'odeur de poisson que répand le village, peuplé de pêcheurs de sardines. Sur les côtes qui s'étendent au nord jusqu'aux frontières de l'Espagne, maint petit havre du littoral doit, comme São João, son mouvement d'affaires bien plus aux visiteurs qui viennent s'y baigner qu'aux embarcations en quête de denrées. Tous les ports de rivière de la Lusitanie du Nord ont encore moins d'eau sur leur barre que n'en a le Douro et par conséquent ne peuvent être les points d'attache que d'un faible commerce de cabotage. Le Minho, dont la passe la plus profonde n'a guère plus de 2 mètres à marée basse, a pour sentinelle portugaise, à son entrée, la petite bourgade fortifiée de Caminha et «l'îlot», ou Insua, remarquable par sa source d'eau vive. La Lima, d'un accès peut-être plus difficile encore, a cependant à son embouchure une ville un peu plus importante que celles du Minho, la coquette Vianna do Castello, si gracieusement nichée dans sa fertile campagne semée de maisons de plaisance. A la bouche du Cávado est un autre petit port, le bourg d'Espozende; puis sur l'Ave, vient la Villa do Conde, à laquelle des chantiers donnent quelque animation. C'est là qu'on lançait naguère ces navires si effilés et si rapides qui servaient à faire la traite des esclaves: lors des grandes expéditions de découverte qui ont illustré le Portugal, les meilleurs bâtiments étaient ceux qu'avaient construits les charpentiers de Villa do Conde.
Parmi les cités situées dans l'intérieur de la province d'Entre-Douro et Minho, on célèbre Ponte de Lima, fameuse depuis les temps anciens par la beauté champêtre de ses paysages, Barcellos, suspendue, pour ainsi dire, aux escarpements qui dominent le Cávado et ses bords si bien ombragés, Amarante, célèbre par ses vins et ses pêches, et fière de son beau pont sur le Tamega; mais les deux villes vraiment importantes par leur population, leur industrie, leur richesse, sont les deux cités voisines de Braga et de Guimarães, toutes les deux admirablement situées sur des hauteurs d'où l'on contemple les plus riches campagnes. Vieille colonie romaine, capitale des Callaïques ou Galiciens, puis des Suèves, résidence des anciens rois de Portugal, devenue, du temps de l'union avec l'Espagne, la ville primatiale de toute la Péninsule, Braga (Bracaraugusta) n'a pas seulement ses grands souvenirs, elle est aussi une place de commerce et d'active industrie; on y fabrique, pour le Portugal, le Brésil, les colonies de la Guinée, des chapeaux, des lainages, des armes, des objets en filigrane d'une forme élégante et pure. Guimarães n'est pas moins curieuse que Braga par ses monuments et ses légendes du moyen âge. On y montre, près d'un porche d'église, l'olivier sacré qui naquit d'un aiguillon planté dans le sol par Wamba, quand il était encore laboureur, sans ambition de royauté; le vieux château qui domine la ville et ses tours est celui où naquit Affonso, le fondateur de la monarchie portugaise. Guimarães est aussi fort industrieuse; elle a des fabriques de coutellerie, de quincaillerie, de linge de table, et les visiteurs anglais ne manquent pas de s'y approvisionner de boîtes de prunes bizarrement décorées. Dans les environs jaillissent des eaux sulfureuses, très-fréquentées, que connaissaient déjà les Romains sous le nom d'Aquae Levae. Les eaux les plus célèbres du pays, las Caldas de Gerez, sourdent dans un vallon tributaire du Cávado, au pied de monts escarpés, couverts de hêtres et de pins.
COÏMBRE.
Dessin de Taylor, d'après une photographie de M. J. Laurent.
Les villes de Tras os Montes, de même que celles de Beira Alta, au sud de la vallée du Douro, se trouvent pour la plupart en des régions trop montueuses et sont trop éloignées des grands chemins de commerce pour avoir attiré les populations. Villa Real, sur le Corgo, est la localité la plus commerçante du Tras os Montes, grâce aux vignobles des environs, et possède de véritables palais; Chaves, près de la frontière d'Espagne, est une ancienne forteresse, ayant gardé, sur le Tamega, un de ces admirables ponts qui ont illustré le siècle de Trajan; elle était célèbre, du temps des Romains, par ses eaux thermales, dont le nom (Aquae Flaviae) est encore, sous une forme corrompue, celui de la ville. Bragança, capitale de l'ancienne province de Tras os Montes et dominée par son admirable citadelle, occupe, à l'angle nord-oriental de la Lusitanie, une position des plus importantes pour le commerce légitime ou de contrebande; suivant les oscillations des tarifs douaniers, elle expédie de l'une ou de l'autre manière les étoffes et les autres marchandises de ses entrepôts: c'est le centre le plus important du Portugal pour la production des soies gréges. Au sud du Douro, la ville pittoresque de Lamego, dominant le fleuve, en face de la région des grands vignobles, est renommée pour ses jambons; Almeida, qui veille à la frontière, pour tenir en échec la garnison espagnole de Ciudad Rodrigo, disputait jadis à la ville d'Elvas le rang de première citadelle du Portugal; Vizeu, célèbre par les hauts faits du Lusitanien Viriatus à l'époque de la domination romaine, est un lieu de passage important entre la vallée du Douro et celle du Mondego. Sa foire de mars est la plus fréquentée de tout le Portugal. C'est dans la cathédrale de Viseu que se trouve le plus remarquable tableau du Portugal, vrai chef-d'oeuvre, attribué à un peintre dont l'existence même est problématique, Gran Vasco. Les bergers des environs de Viseu sont les hommes les plus beaux et les plus forts de tout le Portugal: tête et jambes nues, ils ont un aspect fort sauvage, quoique, à l'égal de tous leurs compatriotes, ils aient des manières polies et dignes.
Coïmbre, l'ancienne Aeminium et l'héritière de la Conimbrica romaine, dans le Beira-mar, est la cité la plus fameuse et la plus peuplée entre les deux métropoles de Lisbonne et de Porto. Elle est connue surtout comme ville d'université; ses mille ou quinze cents collégiens et étudiants, jadis deux fois plus nombreux, ses professeurs en soutane, tout un monde d'école qui rappelle les républiques universitaires du moyen âge, donnent à la ville une physionomie particulière: c'est là que le portugais se parle avec le plus de pureté. Coïmbre se distingue aussi par la beauté de ses environs, ses bosquets d'orangers, ses maisons de campagne éparses dans la verdure, son admirable jardin botanique où les plantes tropicales s'entremêlent en groupes charmants aux végétaux de la zone tempérée. Sur les bords du clair Mondego, d'où l'on aperçoit le pittoresque amphithéâtre de la ville, s'étalant sur la pente du coteau, on visite la quinta das Lagrimas (maison des Larmes) où fut égorgée la belle Inès de Castro, si cruellement vengée plus tard par son mari, Pierre le Justicier. Sur le corps meurtri d'Inès les nymphes du Mondego versèrent des larmes qui se sont changées en une source d'eau pure: ainsi le raconte une légende créée peut-être par les beaux vers de Camões, que l'on a gravés sur une pierre, à l'ombre des grands cèdres.
Peu de contrées en Europe sont aussi belles et d'un aspect plus enchanteur que les campagnes du Beira-mar arrosées par le Mondego, cette «rivière des Muses», d'autant plus chère aux Portugais qu'elle coule en entier sur le territoire lusitanien. Un des villages situés entre Coïmbre et la mer porte le nom bien mérité de Formoselha; une ville voisine est appelée Condeça Nova, qu'une étymologie, probablement erronée, fait dériver de Condeixa, c'est-à-dire «la Corbeille de Fruits»; nulle ville ne serait mieux nommée; ses oranges, qui fournissent à Coïmbre un de ses principaux articles de commerce, sont exquises; ses jardins, bien cultivés, sont merveilleux par la verdure, les fleurs et les fruits. Au nord, dans le beau groupe de montagnes qui domine Coïmbre, l'ancien couvent de Bussaco, bâti sur une terrasse au milieu de forêts solennelles où se mêlent les cyprès, les cèdres, les chênes, les ormeaux, est un véritable lieu de délices. La large route qui conduit au monastère transformé maintenant en un lieu de villégiature pour les riches habitants de Coïmbre et de Lisbonne, serpente, de détour en détour, sous les branches entre-croisées. Au pied de la montagne jaillissent les eaux thermales de Luso, très-fréquentées depuis quelques années, surtout à cause de la beauté des paysages environnants. Les pins de Goa et d'autres arbres exotiques ont été plantés, pour la première fois en Europe, dans la forêt de Bussaco.