Le port de Coïmbre, Figueira da Foz, l'un des mieux abrités du littoral, a, comme les autres ports de rivière de la Lusitanie du Nord, le désavantage d'être obstrué à l'entrée par un seuil de sable mobile. Pourtant l'embouchure du Mondego reçoit un assez grand nombre de caboteurs qui viennent y chercher les fruits et les autres denrées de cette contrée si fertile: tous les vins du district de la Barraïda, que produisent les plaines comprises entre le cours du Mondego et celui du Vouga, ont même pris de leur port d'expédition le nom de «vins de Figueira», sous lequel ils sont fort appréciés au Brésil. Les deux autres ports les plus actifs de la contrée sont les deux villes d'Ovar et d'Aveiro, situées dans la «Hollande portugaise», au bord des étangs que les dunes du littoral ont séparés de la haute mer. Au moyen âge et lors de la grande période des découvertes, un commerce fort important d'échanges et de pêcherie se faisait par l'entremise de ces deux villes. Aveiro posséda, dit-on, jusqu'à cent soixante navires qu'elle utilisait pour la grande pêche. Les variations de la barre ont mis un terme à cette prospérité. Le littoral sableux ne présentant point une résistance suffisante à l'action des vagues, il se déplacerait à chaque tempête si l'on ne travaillait à fixer la passe par des rangées de pieux, à la base desquels la vase est affouillée par le courant; mais ces moyens ne suffisent pas toujours et le chenal a fréquemment dévié. L'ancienne ouverture, dite Barra da Vagueira, se trouvait près de l'extrémité méridionale du long estuaire intérieur. Actuellement, la passe est directement en face d'Aveiro: c'est par là que l'on expédie les sels, les grains et les fruits qu'apporte de l'intérieur la rivière canalisée du Vouga. Les marins d'Aveiro, de sa voisine Ilhavo et de la cité d'Ovar, bâtie à l'extrémité septentrionale de l'estuaire, ont la réputation d'être les plus vaillants du littoral. Ils s'occupent surtout de la pêche de la sardine et de l'élève des huîtres; ils possèdent sur le bord de la mer de grands établissements de salaison [211].

[Note 211: ][ (retour) ] Villes principales des provinces du nord: Entre Douro et Minho, Tras os Montes, Beira:

Porto 89,200 hab. en 1864.
Braga 19,500 »
Coïmbre (Coimbra) 18,000 »
Guimarães 15,000 »
Ovar 10,000 »
Viseu 9,000 »
Lamego 9,000 »
Vianna do Castello 9,000 »
Chaves 6,000 »
Aveiro 7,000 »
Figueira da Foz 7,000 »
Bragança 5,000 »

III

LA VALLÉE DU TAGE, L'ESTREMADURE.

Le cours inférieur du Tage divise le Portugal en deux moitiés inégales, fort différentes par l'aspect général et les contrastes du sol et du climat. C'est dans la vallée de ce fleuve que s'opère la transition naturelle entre le nord et le sud de la Lusitanie; c'est là aussi qu'à la faveur du magnifique estuaire envoyé par l'Océan au-devant du fleuve a pu s'établir la capitale de la contrée et l'une des cités les plus importantes de l'univers.

A son entrée dans le Portugal, en aval du pont grandiose d'Alcántara, le Tage, qui sert d'abord de frontière commune entre les deux pays, est encore un fleuve encaissé, rapide, inutile pour le commerce aussi bien que pour l'irrigation des plateaux riverains; il se trouve à près de 140 mètres au-dessus du niveau de la mer et doit traverser encore un chaînon de rochers, au défilé de Villa-Velha de Rodão. Au delà, sa vallée s'élargit peu à peu, puis, quand le fleuve a reçu son grand affluent le Zezere, alimenté par les neiges de la serra Estrella, il change de direction et coule, vers le sud-ouest, dans un lit obstrué d'îles et de bancs de sable. Dans cette partie de son cours, ses eaux, devenues tranquilles, sont navigables en toute saison. Le fleuve traverse déjà les terres d'alluvion qu'il a portées lui-même pour en combler la partie orientale de son estuaire, et se divise en bras tortueux autour des îles changeantes. Au-dessous du village de Salvaterra commence le delta proprement dit; le grand lit continue de longer à droite la base des collines, tandis que le lit secondaire va recevoir à gauche les deux rivières de Sorraia et de Santo Estevão et limite, à l'est, la grande île de Lezirias, terre basse et presque inhabitée où serpentent des canaux marécageux. Vers la partie méridionale de l'île, les deux bras qui l'entourent sont déjà la mer; le flot les élargit deux fois par jour et s'étale au loin sur les plages. Les eaux fluviales se perdent dans le vaste estuaire de Lisbonne, auquel on a gardé le nom de Tage, mais qui est vraiment un golfe dont l'eau est plus ou moins salée, suivant l'alternance des crues et des étiages; déjà tout près de l'extrémité septentrionale du vaste bassin, entre Sacavem et Alhandra, des salines bordent la rive. Le contraste de la mer et du courant fluvial se montre nettement: d'un côté sont les eaux profondes où voguent les navires; de l'autre, le flot rapide courant sur un lit de sable, que les paysans traversent à gué pendant les mois de sécheresse.

PONT ROMAIN D'ALCANTARA.
Dessin de Taylor, d'après une photographie de M.J. Laurent.