[Note 215: ][ (retour) ] Populations des villes de l'Estremadure:

Lisbonne...... 250,000 hab.
Setúbal....... 15,000 »
Bemfica....... 10,000 »
Cintra......... 10,000 »
Santarem....... 9,000 »
Thomar......... 5,000 »

IV

LE PORTUGAL DU MIDI, L'ALEMTEJO ET L'ALGARVE

Les montagnes d'Outre-Tage n'ont qu'en un bien petit nombre d'endroits un aspect de chaînes régulières; ce ne sont pour la plupart que des protubérances à faible saillie s'élevant au-dessus de larges plateaux à base ravinée. L'ensemble de la contrée manque de relief et de variété; on pourrait se croire partout au milieu du même paysage. Toute cette région, comprise entre le Tage et les montagnes de l'Algarve, est la moins belle du Portugal. A l'exception de la serra da Arrabida, qui se dresse entre les deux estuaires de Lisbonne et de Setúbal, elle n'offre que des plaines basses, des collines aux pentes monotones, des bois, des broussailles, des landes nues, où de rares groupes d'habitations se montrent comme des îles au milieu de la mer. Les terres basses qui bordent la rive gauche du Tage et le littoral marin, sont formées d'une épaisse couche de sable fin, reposant sur une argile compacte, et portant encore çà et là des bois de pins maritimes et des bouquets de chênes-lièges (azinheiras), reste des antiques forêts qui recouvraient toute la contrée. Plus haut sont les grandes landes ou charnecas, avec leur variété infinie de broussailles et d'arbustes à verdure permanente. Ce sont des bruyères d'espèces diverses, dont quelques-unes ont jusqu'à deux mètres de hauteur, des cistes, des genévriers, des romarins, des myrtes et des chênes rampants, dont l'épaisse ramure, d'un verpâle, s'élève à peine au-dessus du tapis des autres plantes. Mais la diversité des végétaux, la multitude des fleurs roses et blanches qui les couvrent jusqu'au milieu de l'hiver, n'empêchent pas que l'aspect général du pays ne soit monotone et triste, à cause du manque presque absolu des cultures. Sur les collines plus élevées, presque toutes composées de schistes pailletés de mica, la nature finit même par devenir presque sombre; là tout est recouvert de ces cistes (cistus ladaniferus) aux feuilles résineuses. C'est le prolongement occidental de la zone des jarales qui s'étendent sur des milliers de kilomètres carrés dans la sierra Morena et d'autres régions montagneuses de l'Espagne.

Le massif le plus élevé de la Lusitanie méridionale se trouve sur la frontière même du Portugal, entre les vallées du Tage et du Guadiana: c'est la serra de São Mamede, appelée aussi serra de Portalegre: ses chaînons parallèles de roches granitiques, abritant d'étroits vallons, où coulent, soit vers le nord-ouest, soit vers le sud-est, des affluents des deux fleuves, atteignent plusieurs centaines de mètres au-dessus du plateau, et même le plus haut sommet dépasse 1,000 mètres en altitude totale. Au sud de la large dépression qu'a utilisée le chemin de fer de Lisbonne à Badajoz, apparaît un deuxième massif granitique moins élevé, dressé sur le plateau comme une sorte de citadelle aux mille bastions avancés, et d'un aspect assez grandiose quand on le regarde des bords du Guadiana, qui coule à sa base orientale: c'est la serra de Ossa, connue également sous les noms des diverses villes qui se trouvent dans le voisinage, Elvas, Estremoz, Evora. Elle se rattache, par les hautes ondulations du plateau, à différentes serras qui viennent abaisser leurs escarpements aux rives du Guadiana et du Sadão et dans les plaines uniformes dites Campo de Beja. Ces plaines se continuent, au sud, par le célèbre «champ d'Ourique», où deux cent mille Maures, commandés par cinq rois, eurent à subir, au milieu du douzième siècle, la désastreuse défaite qui permit aux princes du Portugal de fonder leur monarchie. C'est depuis cette bataille et les massacres qui en furent la conséquence que les plaines situées au sud du Tage se changèrent en un désert.

Toutes les hauteurs qui occupent la partie méridionale de l'Alemtejo appartiennent au système de la sierra Morena d'Espagne. Les contre-forts de la sierra de Aroche et ceux de la sierra de Aracena, si riches en minerai de cuivre, s'entremêlent en un dédale de collines dans la partie du Portugal disposée en forme de triangle irrégulier, sur la rive gauche du Guadiana. Le fleuve ne les arrête pas; rétréci entre les parois qu'il a rongées, il est en maints endroits réduit aux dimensions d'un canal, et même au défilé dit Pulo do Lobo ou «Saut du Loup», il descend en rapides de rochers en rochers. C'est en aval de ce défilé seulement, à la ville de Mertola, qu'il devient navigable pour les petites embarcations; à peine une soixantaine de kilomètres de ce grand fleuve peuvent être utilisés pour le transport des denrées.

A l'ouest du Guadiana, les montagnes du système marianique se continuent parallèlement au rivage maritime. Assez basses d'abord, les chaînes sont de simples «hauteurs des terres» ou cumeadas, puis elles s'élèvent jusqu'à 500 mètres dans la serra do Malhão et dans la serra da Mezquita. Un plateau, raviné par les torrents supérieurs de la Mira, rejoint ces massifs à la serra Caldeirão ou du «Chaudron», ainsi nommée, dit-on, en Portugal d'un cratère de volcan, et à la chaîne qui se termine au nord du cap Sines par la cime de l'Ataraya ou la «Montagne du Guet». Un autre plateau, seuil où passera le chemin de fer de l'Algarve à Lisbonne, continue le système principal et va former la base du beau groupe de la serra de Monchique, massif angulaire du Portugal. Au delà de ces monts, une arête aiguë, dite «l'Échine de Chien», s'avance dans la péninsule terminale, entre les deux mers de l'occident et du sud, et va rejoindre les rochers de Saint-Vincent et de Sagres, jadis «sacré», d'où le nom qu'il porte encore [216].

[Note 216: ][ (retour) ] Altitudes du Portugal au sud du Tage:

Serra de São Mamede 1,025 mèt.
» de Ossa 649 »
Foya de Monchique 903 »
Ataraya 308 »
Beja (Campo de Beja) 252 »
Ourique (Campo de Ourique) 222 »

Pour les anciens, le promontoire Sacré était «l'éperon du navire d'Europe». D'après les récits antiques, ceux qui allaient voir, du haut de ce cap, le soleil se coucher dans la mer, le voyaient cent fois plus grand qu'il ne paraît ailleurs et pouvaient entendre le sifflement de l'astre immense s'éteignant dans les flots. Strabon se donne la peine de discuter et de combattre cette opinion populaire, bien conforme d'ailleurs à l'idée que les Grecs non cultivés se faisaient des bornes du monde: comme les caps occidentaux des pays des Callaïques et des Armoricains, le promontoire Sacré paraissait être la «Fin des Terres»; mais, au lieu de terminer le continent du côté des brumes et des frimas, il avait du moins l'avantage d'être tourné vers la lumière du Midi: «les dieux, dit Artémidore, venaient s'y reposer la nuit de leurs travaux et de leurs voyages à travers le monde.» A l'origine de l'histoire moderne, Henri le Navigateur, le célèbre Infant, y installa son école hydrographique, dirigée par Jacome de Majorque, et c'est de là qu'il épiait lui-même le retour des expéditions envoyées à la recherche des îles et à la reconnaissance des rivages lointains. Peu de localités ont, aux yeux de l'historien géographe, plus d'intérêt que cette pointe terminale du continent d'Europe. Les paisibles travaux auxquels on s'y est livré pendant tant d'années pour arriver à la connaissance du chemin direct des Indes, lui paraissent avoir plus d'importance que la sanglante bataille navale, dite de Saint-Vincent, qui se livra dans ces parages, en 1797, et qui se termina, au profit des Anglais, par la destruction d'une flotte espagnole.