LE CATHOLICISME DE BARBEY D’AUREVILLY

Le centenaire[24] de Barbey d’Aurevilly semble une occasion de ruiner sa légende paradoxale et d’imposer sur sa mémoire un jugement véridique en criant la grandeur de ce qu’il fut.

[24] D’Aurevilly est né le 2 novembre 1808.

Il prévoyait assurément l’indifférence posthume des générations. Il eut le cœur assez haut pour en souffrir peu ; sans toutefois porter le dédain ou l’abnégation jusqu’à vouloir se faire, ainsi que Maurice de Guérin, son ami, « une auréole d’obscurité », ni prendre à son compte le mot plus humble de Donoso Cortès : « Je ne veux pas que mon nom résonne » ; car il aima le succès, même populaire[25] : à chacun de ses retours en Basse-Normandie, dans ce Cotentin où les vieilles pêcheuses l’appelaient toujours Monsieur Jeules, il exultait de retrouver son pays plus fier de ce qu’il l’avait peint. Mais il ne pouvait admettre qu’un catholique condescendît à des courbettes devant les dispensateurs de glorioles : Hello, quémandant des articles laudatifs, l’indignait. En songeant à Raymond Brücker, le magnanime apôtre qui, ayant beaucoup fait pour l’Église, n’en avait rien eu, il concluait pour lui-même, loin de toute aigreur :

[25] « J’ai la plus belle popularité de salon, écrivait-il à Trebutien en 1845, au moment où il travaillait à Une vieille maîtresse, et je veux un succès grossier de cabinet de lecture. »

« Le catholicisme a cela de beau qu’il peut, sans ingratitude, se décharger sur Dieu du soin de payer les services qu’on lui rend[26]. »

[26] Romanciers d’hier et d’avant-hier, p. 153.

Seulement, plus d’une fois, il se revancha par un sursaut d’orgueil des aveuglements et des haines qu’il affrontait :

« Le bétail imbécile qui forme le monde est digne d’un tel mépris que la plus belle pourpre qu’on puisse attacher aux épaules d’un être fier, c’est la pourpre de la calomnie, et les plus beaux diamants dont on puisse consteller cette pourpre, ce sont les crachats de l’insulte qu’on ne mérite pas[27]. »

[27] Sensations d’histoire, p. 194.